La maladie psy du Jour : La paranoïa

De Joëlle, 45 ans (Metz) par mail à notre psy, Eric Chaillet :

Je suis parano. Qu’est-ce que cela veut dire Monsieur Chaillet ?

FREUD part du principe que la paranoïa s’est construite en défense face à un désir homosexuel, avec construction d’un délire de persécution. La base du conflit serait : "j’aime un homme" (éprouvé d’un désir homosexuel) transformé en "je le hais" (mécanisme de contre-investissement), et aboutissant à "il me hait" (mécanisme de projection). De ce fait, le sujet paranoïaque n’est "haï" que par les gens auxquels il voudrait ressembler (vis à vis desquels il ressentirait plutôt de l’attirance, un désir d’identification). Il ne choisit l’Objet aimé/haïssant qu’en fonction de critères narcissiques.

Les pulsions homosexuelles se sont sublimées en pulsions sociales, permettant au paranoïaque d’accéder à, et de jouir des postes sociaux clefs. Quand rien n’entrave cette sublimation, tout va bien car socialement ce n’est pas culpabilisant. Mais dès qu’intervient une trop forte poussée de pulsion homosexuelle, seul le délire est alors apte à l’évacuer.

Rappelons que les pulsions homosexuelles sublimées en pulsions sociales sont celles qui incitent les jeunes enfants à se retrouver en groupes du même sexe à l’école, et les adolescents en bande du même sexe pour se mesurer à d’autres

Le sujet paranoïaque se focalise sur un être narcissiquement intéressant auquel il prête des sentiments de haine à son égard.

(Au tout début d’une construction psychique chez l’Enfant, il y a morcellement du corps : "ma bouche se fait plaisir", "mon ventre se fait plaisir", puis après que l’unité corporelle se soit réalisée naît le narcissisme primaire, Objet d’amour où converge l’intérêt de l’Enfant. Vient ensuite le narcissisme secondaire : "j’aime l’Autre pour qu’il ou elle, ou à condition qu’il ou elle m’aime").

Si chez le sujet névrotique l’angoisse est dite "de castration", chez la personne psychotique existe une angoisse de morcellement, celle-là même qui renvoit à un conflit non résolu de sa petite enfance. Le sujet paranoïaque a une relation à l’Autre de type psychotique dans le sens où il ne fait pas de différence entre ce qu’il pense et ce que les autres pensent ou font.

De fait, il lui sera extrêmement difficile de prendre du recul, de la distance par rapport à ce qu’il fait ou ce qu’il dit, car cela signifierait se mettre à la place de l’Autre.

Dans la paranoïa, la relation d’Objet n’est pas totale. Elle est de type narcissique : l’Autre n’est reconnu que dans la mesure où le sujet lui-même s’y retrouve. Dans l’Autre est projetée la part du Moi qui persécute, par culpabilisation.

Le stade du miroir peut servir d’exemple pour expliquer ce qu’est la paranoïa . Du stade anal renaissent des projections d’agressivité et de l’ambivalence. L’Autre est le support de la projection de la partie de lui-même que le sujet paranoïaque expulse.

le 15/09/2004
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