Juliet Berto, l’émotion intacte...

HOMMAGE A JULIET BERTO
(1947-1990)
du 10 au 22 novembre 2010

La Cinémathèque rend un hommage à Juliet Berto, comédienne et réalisatrice, vingt ans après sa mort, en
remontrant les films qu’elle a réalisés (Neige, Cap Canaille, Havre) et une sélection de titres importants dans
lesquels elle joue, comme Céline et Julie vont en bateau de Jacques Rivette ou La Chinoise de Jean-Luc Godard.


AU PAYS DE JULIET BERTO
par Serge Toubiana

Hommage à la comédienne et réalisatrice Juliet Berto, vingt ans après sa mort.

"Dans le scénario de La Chinoise, ces quelques lignes : ’’ Yvonne (Juliet Berto) représente la classe paysanne. Montée à Paris
pour faire des ménages, elle a échoué dans la prostitution dont Henri et les autres ont du mal à la sortir. Elle s’occupe des
travaux domestiques et de la cuisine ’’. Henri, c’est Michel Semeniako. Avec Juliet Berto, ils étaient tous deux de Grenoble, où
Godard rencontra pour la première fois la comédienne et lui confia un petit rôle dans Deux ou trois choses que je sais d’elle :
la fameuse scène de bistrot.
Dans la vie, Juliet Berto n’était pas une paysanne mais une fille de la ville. Moderne, rieuse, moqueuse, impulsive.
Elle avait le désir de jouer la comédie, et la proposition de Godard arriva à point nommé. Cela fait vingt ans que Juliet Berto
n’est plus. À sa mort, j’avais écrit ces lignes dans l’émotion et le souvenir très vif de sa perte. Vingt ans après, le souvenir est
intact.
« Elle était au centre d’une tribu qu’elle s’était constituée elle-même où, de Godard à Rivette, de Glauber et Marker
à Ivens, de Jean-Henri Roger à Willy Lubtchansky, de Maneval à sa nièce Fred, de Brialy à Bohringer, d’Yves Simon à Patrick
Chesnais, sans oublier sa sœur Moune, Stévenin et d’autres, qui tous se raccrochaient comme les maillons d’une chaîne
infinie.
Une chaîne musicale également, métissée et rythmique. Cette femme, belle avec sa moue, sa bouche enfantine, sa
voix rauque et ses tonalités « blues », était un trait d’union entre l’univers romantique des vieilles chansons de Damia ou Piaf,
et les musiques africaines, brésiliennes ou antillaises d’aujourd’hui qu’elle avait dans la peau. Du sang d’ailleurs coulait dans
ses veines, qui faisait qu’elle était réceptive à toutes les douleurs, les révoltes ou les cris de ce monde, sans en faire une
militante au discours figé.
Neige, Cap Canaille qu’elle réalise avec Jean-Henri Roger, puis Havre qu’elle assume seule, portent les traces de ces
petites alliances tissées, métissées, avec leurs personnages d’enfants perdus en but aux trafics, aux mensonges et aux
complots, anges désespérés de ne pouvoir s’envoler, vieux sage magicien sorti d’un conte pour enfants.
Voilà. Le chemin de Juliet s’est arrêté net, laissant les autres un peu plus seuls, sans celle autour de qui
s’agglutinaient tous ceux qui ne veulent pas tourner le dos au soleil. »

La Cinémathèque française Accès
Musée du cinéma Métro Bercy Lignes 6 et 14 -
51 rue de Bercy, 75012 Paris

le 03/11/2010
Impression