11 septembre 1973 - 11 septembre 2007 : Victor Jara, un chant inachevé

11 septembre 1973 - 11 septembre 2007 : Victor Jara, un chant inachevé

Résumé :

Víctor Lidio Jara Martínez (Chillán, 28 septembre 1932 - Santiago, 15 septembre 1973) était un chanteur, auteur et compositeur populaire chilien. Membre du Parti communiste chilien, il fut l’un des principaux soutiens de l’Unité Populaire et du président Salvador Allende. Ses chansons critiquent la bourgeoisie chilienne (Las Casitas del Barrio Alto, Ni Chicha Ni Limona), contestent la guerre du Viêt Nam (El Derecho de Vivir en Paz), rendent hommage aux grandes figures révolutionnaires latino-américaines (Corrido De Pancho Villa, Camilo Torres, Zamba del Che), mais aussi au peuple et à l’amour (Vientos del pueblo, Te recuerdo Amanda).

Arrêté par les militaires lors du coup d’Etat du 11 septembre 1973, il est emprisonné et torturé à l’Estadio Chile (qui se nomme aujourd’hui Estadio Víctor Jara) puis à l’Estadio Nacional avec de nombreuses autres victimes de la répression qui s’abat alors sur Santiago. Il y écrit le poème Estadio de Chile qui dénonce le fascisme et la dictature. Ce poème est resté inachevé car Víctor Jara est rapidement mis à l’écart des autres prisonniers. Il est assassiné le 15 septembre après avoir eu les mains brisées à coup de botte et de crosse de fusil.

"Vitor Jara, un chant inachevé" écrit par l’épouse de Jara est bien plus qu’un livre biographique. C’est toute une période qu’on éclaire sur le Chili de l’époque.

Extrait :

Ma chérie, je pense à présent que vivre dans un pays où tu tiens le monde dans ta main grâce aux nouvelles, avec des informations aussi “ instructives ” et “ impartiales ”, est beaucoup plus nuisible que de vivre dans un pays comme le nôtre où les infos sont manipulées par une autre nation qui nous domine, mais où finalement tu ne sens pas, du moins de façon aussi pressante, l’inanité de l’existence. Sinon, comment expliquer toute cette jeunesse droguée qui échappe à elle même pour aller ‘je ne sais où’ à la recherche de quelque chose de vrai. Ou bien qui se suicide pour trouver dans la mort, l’unique vérité d’être vivant. Tu te sens plaqué en permanence comme une étagère contre un mur : avec le trou dans la jugulaire de Martin Luther King, avec sa veuve inconsolable qui pleure près de lui, avec le bombardement au Vietnam, avec le naufrage d’un bateau où quelques-uns seulement ont survécu, avec la première d’un film de Tony Richardson, avec le type de rouge à lèvres qu’on utilisera cette semaine ou la nouvelle pâtée pour chien. Tu n’as pas le temps de choisir, ni de réfléchir à ton choix. Si tu tardes trop, tu décroches avant de disparaître.
Il semble que personne n’aime se retrouver face à soi-même. Ils préfèrent la solitude au milieu d’une mer de solitudes. Mon amour, le Chili a beau être entre les mains des nord-américains et posséder d’autres défauts, à tout le moins c’est un endroit où la terre est terre et le pain est pain. C’est un lieu où l’on peut s’isoler ou rencontrer d’autres gens. Voilà la vraie vie, la vie pure, naturelle. J’espère que jamais ils ne nous “ civiliseront ” comme ici. Je préfère le Chili comme il est : brut, libre et sauvage.


Victor Jara, un chant inachevé, Editions Biliki

le 06/09/2007
Impression