LA PUTE PRIDE : Le 18 MARS 2006 à Pigalle

LE 8 mars pourla journée internationale des femmes, le groupe Les Putes a lancé un
appel à toutes les féministes et défensseures de la cause des femmes afin
qu’elles écoutent ce que les travailleuses du sexe ont à leur dire :

Lettre ouverte à nos soeurs féministes

Notre nouveau groupe activiste Les Putes, composé exclusivement de putes
- femmes et transpédégouines- a pour but l’auto support et la lutte contre la
putophobie. Nous estimons que le combat des Putes est un combat féministe.
Malheureusement jusqu’à présent nous sommes exclues de la plupart de ses
mouvements. Cette exclusion est le fruit d’une incompréhension : la majorité
des féministes pensent que nous serions victimes de la prostitution quand
nous pensons que nous sommes victimes des mauvaises conditions dans
lesquelles nous l’exerçons. Pourquoi cette alliance avec les catholiques
intégristes sur la prostitution ? Pire, le lobby abolitionniste est
aujourd’hui très puissant, présent au sein de différentes instances
nationales et européennes, fortement subventionné, alors que les
associations de prostituées ne bénéficient elles que de subventions pour la
lutte contre le sida beaucoup plus faibles.

Nous ne sommes pas les premières à ne pas correspondre au modèle de LA femme
valorisé par les mouvements féministes. Avant les années 1970 et la
création du mouvement de libération des femmes par de nombreuses lesbiennes,
celles-ci en étaient exclues. Considérées au début du XXè siècle comme des
perverses elles auraient donné une mauvaise image au combat des suffragettes
qui étaient déjà taxé de vouloir féminiser la société, déviriliser les
hommes et encourager l’homosexualité. La revendication du droit à
l’avortement à l’exception de la précurseure Madeleine Pelletier ne faisait
pas partie de leur combat.

Quittons donc cette vision essentialiste de ce que devrait être LA femme, LA
bonne féministe. Les putes ont besoin de l’aide des autres femmes pour
améliorer leurs conditions de travail et de vie, pour faire valoir leurs
droits et tout simplement être respectées. En effet, nous sommes en première
ligne sur le front des violences sexistes. L’injure pute est sans doute la
plus violente à l’égard des femmes et nous désignent TOUTES. A chaque
instant de nos vies, elle peut nous rattraper et permet de limiter notre
liberté sexuelle. Nous préférerions donc qu’au lieu de tenter de s’en
défaire les autres féministes se la réapproprient avec nous en fierté
cassant ainsi son rôle stigmatisant. En voulant s’en extraire, elles ne font
que la renforcer et n’y échappent pas pour autant.

En tant que femmes transgressant les règles du genre, nous sommes davantage
victimes de violences sexuelles, et plus encore depuis l’application de
l’article L50 de la LSI pénalisant le racolage passif. Or, la reconnaissance
des violences sexuelles que nous subissons passe par la reconnaissance de
nos vies, de nos identités et donc de notre travail. Le viol conjugal a été
reconnu grâce au combat de nos mères, le viol des putes ne l’est toujours
pas.

Aujourd’hui, journée mondiale des femmes, nous souhaiterions que cette
journée soit celle de toutes les femmes et donc aussi la notre. Notre combat
n’est pas tant qu’il n’y parait opposé à celui des autres féministes et se
rejoint au contraire sur de nombreux points tels la parité, l’égalité
salariale etc. Nous demandons donc officiellement au CNDF de bien vouloir
accepter l’inclusion de notre groupe activiste Les Putes au sein de ce
collectif représentant l’ensemble des grandes associations féministes
françaises.

Nous avons besoin du soutien de l’ensemble des féministes et espérons
qu’elles et ils marcheront avec nous le samedi 18 mars prochain à l’occasion
de la première Pute Pride, manifestation de prostituées. Départ à 14H, place
Pigalle.

Nikita et Cadyne, pour le Collectif

le 12/03/2006
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