Manifeste : (L’Art) comme une maladie honteuse

Manifeste : (L'Art) comme une maladie honteuse

Faut arrêter de dire des conneries. (L’Art) est une saloperie de virus que certains êtres étranges et plus sensibles que le plouc moyen contractent à la sortie de l’utérus et qui vous bouffe tout le long de votre pauvre vie. L’Art vous rend prisonnier, petit et tout seul, et périmé.

L’élu ne vit pas, il survie, oscille sempiternellement entre la splendeur et la décadence. La gloire éphémère, le plaisir de courte durée. La prise (d’Art) est une descente aux enfers, un rendez-vous tragique avec son destin.

L’enfance de (L’Art), c’est la souffrance d’être différent, de comprendre le monde dans la globalité de sa monstruosité. L’artiste vomit cet état en sculptant avec son vecteur propre ce qu’il a reniflé avec ses sens en alerte. On est dans la fêlure, le trop-plein, le pas assez, dans l’inconfort celui que l’expert comptable ou le banquier ne comprendront jamais.

(L’Art) n’est pas rentable, ne rapporte que des ennuis ou des isolements féroces, ne rencontre que rarement la mode ou la tendance. L’art c’est être décalé en permanence et s’en accommoder, l’artiste vit avec rien dans un perpétuel bateau ivre précaire, et invente, comme il peut, dans cette marginalité érigée en philosophie de vie.

(L’Art) se montre du doigt, se fait honnir, est matière à polémique, indéfiniment l’objet de la raillerie et de l’incompréhension. (L’Art) est hermaphrodite, pluriel et dévastateur.

(L’Art) c’est le manque, la vacuité qui coule dans les veines, le futile et le désagréable.

L’adrénaline qui fait monter la fièvre, la transe.

Un artiste accompli est un artiste mort.

(L’Art) ne vaut que si on en crève.

Illustration : "Possessivité" by Titane

le 18/04/2004
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