Depuis son élection, la ville oscille entre fierté locale et fou rire permanent. Dans les rues, certains parlent déjà du “mandat bien mûr”, d’autres espèrent une politique “riche en fibres”, tandis que les plus inspirés imaginent une mairie “qui va enfin avoir du jus”. On murmure même que les réunions municipales pourraient être rebaptisées “conseils enrobés”, et que les décisions importantes seront désormais prises “à cœur de pruneau”.
L’opposition, elle, se montre prudente. Difficile d’attaquer frontalement un homme dont le nom est déjà une punchline. À chaque critique, le risque est grand de tomber dans le calembour involontaire. “Bruneau nous mène à la compote”, lâche un élu, avant de réaliser qu’il vient de participer lui-même à l’emballement général. Piégé. Comme tout le monde.
À l’échelle nationale, certains communicants politiques observent la situation avec intérêt. Car il y a là un cas d’école : peut-on capitaliser sur un nom prédestiné ? Faut-il assumer jusqu’au bout et transformer chaque discours en festival de jeux de mots ? Ou au contraire, adopter une posture grave, presque austère, pour contrebalancer l’évidence comique ? Laurent Bruneau, lui, semble avoir choisi la voie médiane : sourire discret, regard sérieux, et laisser les autres faire le travail. Après tout, pourquoi se priver d’un capital sympathie qui tombe tout seul, comme un pruneau bien mûr ?
Reste une question, la seule qui compte vraiment : les Agenais ont-ils voté pour un programme… ou pour une sonorité ? Peut-être un peu des deux. Car au fond, la politique, comme les pruneaux, est une affaire de goût. Et pour l’instant, à Agen, on savoure.
