Critique : Mon sexe est une Pomme (L’instinct Théâtre)
Nous avions beaucoup aimé le "One Man Show" de Delgado, ce belge que vous adorez détester, alors nous étions bien curieux de voir cet incroyable bonhomme, faussement méchant, à l’humour fin, cynique, tonitruant, inventif, provocateur et inspiré, inventer un monde bien à lui, délirant et jubilatoire, dans sa pièce où il partage la scène avec la pétillante et dynamique Marine Juarez. Nous n’avons pas regretté notre choix. "Mon sexe est une pomme" est un show truculent, fou, imaginatif et très bien maîtrisé. Récit d’une soirée made in Delgado qui rime avec Rigolo mais pas que.
Le pitch : Jean-Luc, la quarantaine mal assumée, est un homme de théâtre tellement imbu de sa personne qu’il en "oublie " qu’il n’a aucun talent.
Inspiré par ses mentors, Fabrice Luchini et Jean-Baptiste Molière, il écrit depuis plus de vingt ans la pièce maîtresse de son oeuvre, celle qui va changer sa vie, et le faire marcher, enfin, sur les chemins de la Gloire.
Passiflore est son épouse, sa muse, très amoureuse de lui cette jeune femme travaille dans un fast food macdonaldien en espérant trouver le Rôle de sa vie.
Notre avis :
Une scène, peu d’accessoires, peu de changements de costumes mais un texte malin , drôle, fort, parfois même brillant et cinglant comme il faut. Delgado fait du bien aux spectacles parisiens. Les Mondes qu’il invente parlent de la Société, du couple et du métier de comédien et ça nous nourrit de quelque chose de profond et durable.
Il frappe fort à chaque mot, c’est un auteur à part entière avec ses zones d’ombres, ses doutes et ses grandes trouvailles, ses aphorismes, ses questionnements sur l’humain qui font mouche à chaque fois.
Véritable exercice sur le thème de l’artiste maudit, raté, incompris, il campe une mythomane du talent, un érotomane du succès misogyne et plein de mauvaise fois qui tente de concilier sa mégalo, sa fainéantise et son inertie avec le couple qu’il forme avec une jeunette qui fait bouillir la marmite mais n’est traitée avec guère d’attention.
Delgado excelle en jouant du Delgado et Marine Juarez tire bien son épingle du jeu avec une belle énergie, un beau physique de théâtre, une grande générosité et une superbe justesse de ton. Pas facile de donner la réplique à un auteur de pièce surtout lorsque c’est l’ingérable, impitoyable et doué Delgado mais la jeune comédienne ne se laisse pas démonter et existe bien à côté de ce personnage de quarantenaire râleur et profiteur.
C’est vraiment à mourir de rire, on ne s’ennuie pas une seconde, certains tableaux sont vraiment cultes. De beaux jeux de lumières simples et terriblement efficaces, une superbe mise en scène, MON SEXE EST UNE POMME est un drôle de voyage délirant fruité, croyant à soi, il fait du bien à la tête et au corps. Enfin un spectacle qui ne copie personne et fait du bien par où ça passe. L’enfer et le Paradis du couple vus par un auteur qui est en train de faire sa place à Paris et c’est tant mieux !
MON SEXE EST UNE POMME de Jean-Patrick DELGADO avec Delgado et Marine Juarez