Sous l’écume de Boris Vian

 Sous l'écume de Boris Vian

Ce cher Boris Vian nous rappelle au cinquantième anniversaire de son décès prématuré par cette BD revigorante et si proche de la réalité à cent à l’heure, que cet homme digne représentant du personnage dessiné par Cailleaux et narré par Bourhis, nous convie à une approche fidèle de l’homme qui n’a jamais perdu sa vie à la gangrener aux normes de la conformité.

« Piscine Molitor » à Paname nous immerge dans un univers peu hostile à la santé fragile de Boris en apnée aux risques et périls de se jouer la vie brève, un certain 23 juin 1959. jour de la projection du film "J’irai cracher sur vos tombes" adapté de son fameux roman à feu et à sang. Sauf qui peut, Boris déjà depuis plusieurs mois vitupérait contre cette adaptation de brique et de broc ! Cardiaque blues à la Higelin, clin d’œil aussi au grand Jacques qui a débuté en chantant du Boris ! Doc, les pilules à la pliure du parjure ! D’autant qu’avec une mère « Pouche » poule qui lui reniait ses ailes du fait d’une santé fragile et d’un père rentier ruiné et contraint à fourguer les médicaments de « L’abbé Chaupitre » jusqu’au chapitre tragique de son assassinat lors d’une époque troublée à la solde de la franchouille collabo.

Et cette supplique de la morale selon sainte Trouille de la génitrice moralisatrice : Les garçons, méfiez-vous des filles. Certaines vous apporteront le malheur, la syphilis ! La blennorragie ! Des maladies terribles !! Pas facile dans ce cas là pathologique d’aborder les rives en courbe de la féminine touche ! De sa rencontre fortuite avec un certain Yehudi violoniste en herbe qui fait ses gammes et partage ses arpèges avec Boris môme épris du damier des échecs….

« Le Cercle Legateux », premier sérail jeune de la bande à Boris et son frangin… Et que ça swingue maintenant ! La rencontre de Boris alias Bison Ravi et du Major et son œil de verre avec sa manie de disparaître des fiestas en sautant par une fenêtre jusqu’au jour où …. ! Etonnant non ? On retrouvera ce personnage hors norme dans un célèbre roman de Boris, je vous laisse le soin de réviser vos classiques….
Jean-Paul Sartre et Raymond Queneau qui soutiennent « L’Ecume des jours » et c’est presque le bide ! Du bide au bidet et autre sous briquet de préfecture… Il se maria et eu au moins un fils Patrick et anti Bob, pas snob pour le moins, sauf que pour la fibre paternelle : Michelle, tu peux faire sortir le petit ?!? Comment veux-tu que je me concentre ?

Le jazz qui fiche son souk ! Boris très occupé et touche à tout de génie. J’écris des articles pour Jazz hot, pour Combat, pour Opéra. J’écris des romans. Je joue de la trompette plusieurs fois par semaine. La nuit, je peins, je bricole… Je ne trouve plus le sommeil. Il me faut des médicaments. Je dors une heure ou deux par nuit. Et la sentence du toubib sans concession ad mortem : A ce stade, si vous n’arrêtez pas la trompette, vous allez mourir. Je préfère continuer la trompette et mourir.

Le procès à la Kafka attenté à Boris et son éditeur tourne autour du noir en série, nom de collection inventée par l’ami Jacques Prévert et la vision qu’en a distillé Boris avec son nègre blond qui viole des blanchettes pour venger son frère dans cette Amérique déjà sclérosée. Ce professeur de français couronné par l’Académie française à charge. Raymond Queneau, ami fidèle qui témoigne en sa faveur : Je le considère comme extrêmement doué. J’estime que le roman de lui que nous avons publié « L’Ecume des jours ». est une très belle œuvre. On avait le polisson de la chanson qui se revendiquait pornographe, en la personne de Georges Brassens, en ces temps là, les bonnes mœurs taxaient Boris du fruit de cette infamie.

La littérature, c’est bien connu ne nourrit pas son Vian. Dans le déclin de la méconnaissance, Michelle, sa compagne se tira ailleurs. Jusqu’à sa rencontre coup de foudre et salvatrice avec Ursula son Ourson, sa danseuse helvétique, son ouvreuse potentielle d’univers.
Il y a aussi le Boris chanteur sur scène, au corps rigide et constipé, la seule activité artistique à mon avis où il souffrit la désertion flagrante du grand partage direct avec un public. Il y a le Boris snob Traverser la France à 45 km heure dans une voiture de 1910, ça c’est de l’aventure !

Cité Véron, et la contribution de la terrasse avec ce cher Jacques Prévert et les fiestas entre ami(e)s, l’écriture complice avec un certain Henri Salvador en or de ses plus fameuses chansons. Sans compter les manifestations de satrapes à farces dans l’esprit d’Ubu qu’il jouait déjà gosse !

Certes, résumer la vie tumultueuse et si rapide d’un tel prodige en 72 pages, d’autant que cette histoire est totalement vraie, puisque je l’ai imaginée d’un bout à l’autre (Boris Vian), sous le trait réaliste de Cailleaux, les textes de Bourhis, donnent au scénario un battement de cœur à l’ouvrage. Le cœur de Boris qui bat toujours en nous et pour nous.
Sacré bonhomme, ton existence dans ses retranchements extrêmes valaient bien cette fameuse B.D qui nous conte l’esprit et la philosophie de ta vie.

Piscine Molitor de Cailleaux et Bourhis, éditions Dupuis, collection « Aire libre », 72 pages, 15,50 euros, 2009.