FRED DE LA VIGNALIERE ET LE PETITBEAUBATON AU BASILIC DE MONTMARTRE
Montmartre est le petit village le plus étonnant de Paris et aussi le quartier de prédilection des oeuvres cinématographiques signées par Frédéric de la Vignalière. Nous avions rendez-vous, lui et moi, au métro "Blanche" non loin du Moulin Rouge et décidions de pratiquer l’ascension de la rue Lepic... dans les pas d’Amélie Poulain, sans toutefois s’arrêter aux 2 moulins déjà bondé de touristes en mal de sensations nostalgiques. Tout en discutant et en marchant d’un bon pas, on pouvait se rendre compte que ce quartier était un abondant marché aux victuailles de toutes sortes et que nos petits commerçants avaient ici le sens qu’il n’avaient plus ailleurs à cause des géant de la mal bouffe que sont les hypermarchés. Des odeurs de poulets rôtis, de charcuterie et de fromages du terroir, de fruits de mer et de terre venaient chatouiller nos narines, comme pour nous inviter à passer à table.
Au pied de la Butte Montmartre, à mi-chemin de cette rue Lepic qui semble monter sans fin, notre regard est attiré par une belle maison d’angle aux murs peints à la chaux et aux colombages qui ne sont pas sans nous rappeler la Normandie ou l’Alsace. Le dépaysement est total, dans ce petit bout de Paris bien calme, loin du brouhaha de la place du tertre devenue une véritable usine à gaz et un piège à touristes. Du lierre grimpant donne des airs printaniers à la façade qui semble nous ramener à la Belle Époque et à son insouciance.
On se croirait presque en villégiature, dans cette belle et vieille auberge de campagne au mobilier Breton fait de bois passé à l’encaustique par plusieurs générations. On pourrait se croire, un instant, la vedette du dernier court métrage de Vignale qui par sa seule présence sait créer un climat de mystère et d’étrangeté. En sa compagnie, tout nous paraît plus beau et plus calme, comme si on vivait une époque formidable et intemporelle... dans un flou artistique qui nous coupe de la réalité. Nous sommes juste entre la station des "Abbesses", les ateliers des grands peintres et le théâtre de mon bien aimé Michel Galabru. Non loin de là, au bout de la rue Joseph de Maistre qui fait l’angle du restaurant, se trouve le cimetière de Montmartre où reposent les restes de nos "peoples" d’antan.
Nous sommes accueillis par une serveuse jeune et fort sympathique qui arbore un large sourire franc. Son visage frais et bien mignon ne nuit pas au rayonnement de l’établissement et nous met en appétit.
Dans la salle du restaurant, il règne des airs de brocante et cela me transporte vers des souvenirs heureux du restaurant "Chez la Mère 6 sous" dans le vieux Vannes, capitale du département du Morbihan si cher à mon coeur.
Le restaurant propose une carte assez élaborée et deux menus dont un à 25 euros. On y retrouve une cuisine sans prétention, comme on pourrait la faire chez soi un dimanche en famille.
L’apéritif est servi sans amuses-bouche... au moins nous n’aurons pas l’appétit coupé par quelques cacahuètes et autres fadaises du genre bretzel qui ne sont que des étouffes-chrétiens, mais à 4.50 euros l’apéro il aurait été de bon ton de nous proposer deux ou trois canapés qui seraient bien vus et bienvenus.
Nous commençons notre repas par une entrée froide et originale constituée d’une rillette de lapin goûteuse à souhait et dans laquelle nous retrouvons de généreux morceaux mariés à un léger concassé de tomates et de basilic, le tout rehaussé par une salade de mâche et accompagné de tranches de pain grillé sur lesquelles nous allons pouvoir toaster généreusement cette fraîche préparation surprenante, vu que cette viande reste habituellement fade lorsqu’elle n’est pas bien accompagnée.
Un rumsteck, nappé d’un succulent déglaçage de jus de viande, et ses généreuses pommes sautées légèrement persillées constituent le plat de résistance... qui ne nous résiste pas bien longtemps.
Ne voulant pas nous enivrer jusqu’à rouler dans le caniveau qui dévale la rue Lepic, nous resterons relativement sobres et opterons pour la formule au verre d’un Saint-Nicolas de Bourgueil, rouge de Loire agréable à boire par sa fraîcheur qui ne nous ensuque pas le cerveau et nous laisse libres de nos propos. Le pain proposé est de bonne qualité et un bon boulanger reste le partenaire idéal d’un établissement qui souhaite placer ses mets et ses sauces en valeur.
Pour clôturer agréablement ce repas amical et convivial sur une note sucrée, je m’arrête sur une délicieuse mousse au chocolat noir faite maison et présentée en quenelles.
Cette mousse est parfaitement dosée et ne coule pas dans l’assiette, elle est présentée d’une manière généreuse et surmontée d’une gaufre caramélisée au bon goût de beurre. Pour une fois qu’on ne me sert pas une mousse aux saveurs chimiques ou une préparation ratée qui ressemble plutôt à de la chiasse de nouveau-né parce que les blancs d’oeufs ne sont pas correctement montés en neige ou que le chocolat, trop chaud, a fait s’écrouler l’ensemble... cela méritait bien d’être souligné !