Mon écharpe et mon diplôme

Mon écharpe et mon diplôme

A l’instar des anglo-saxons, les universités françaises organisent de plus en plus des cérémonies de remise des diplômes afin de valoriser leurs filières et leur image. Ainsi de l’université Pierre et Marie Curie (UPMC) qui organisait ce samedi une immense cérémonie pour féliciter 500 doctorants fraîchement munis de leurs thèses.

Pendant cette cérémonie, tous les professeurs étaient en toge et chaque doctorant portait une écharpe brodée avec l’enseigne de l’université, ainsi qu’une médaille à l’effigie de Pierre et Marie Curie, pour se faire remettre un diplôme par le président de l’université. Cette manifestation a pour but de "valoriser les étudiants, de rompre l’anonymat dans les facs, récompenser les efforts et communiquer sur ce qui va bien", précise l’université qui voit aussi un intérêt double dans cette cérémonie car "des anciens étudiants y sont conviés et viennent enrichir de leurs expérience les nouveaux docteurs".

Suscitant les critiques des syndicats étudiants qui estiment que ces événements sont "loin d’être la priorité", il faut quand même bien avouer que ces cérémonies rencontrent une grande popularité chez les étudiants et qu’elle permet de faire le lien entre les universités et les entreprises. A la Sorbonne, le président Jean-Robert Pitte organise même ce type de réceptions pour les masters professionnels car cela crée une ambiance conviviale et permet de savoir ce que deviennent les étudiants.

De fait, la fenêtre médiatique est mal choisie pour aborder le sujet mais reconnaissons qu’il est important de valoriser (enfin) les docteurs d’université en France. Pour illustrer les choses, prenons l’exemple de deux doctoresses et la reconnaissance qu’on leur accorde dans leur pays respectif. La première est américaine, noire, issue d’une famille middle-class et docteure en sciences politiques ; c’est probablement la femme la plus puissante du monde et son nom est... Condoleezza Rice. La seconde est française, blanche, fille d’un Président de la République et docteure en littérature ; elle est méprisée (à tort) des élites intellectuelles et son nom est... Mazarine Pingeot. Deux poids, deux mesures.

Plus sérieusement, combien de docteurs en sciences dures, molles, exactes, évolutives, sociales, humaines, cognitives, et j’en passe, sont à des postes à responsabilité dans le pays ? Et quelle est la place ou le statut accordé à ces personnes ? Certes, il y a bien le député DSK et la ministre MAM ou le chevelu Djââck voire le négationniste Gollnisch, mais j’ai du mal à trouver... mieux.

Bref, balayer les toges d’un revers d’un manche mérite un taillage de costard.

C’est vrai qu’en traçant un graphique "salaire/niveau de formation", les deux courbes se rejoignent avant la 5ème année dans la plupart des cas, ce qui signifie qu’en France, un doctorat n’est pas un investissement rentable au sens premier du terme. Mais cela ne veut pas dire qu’il faut revoir a la baisse le contenu et les visées du doctorat !

C’est une évidence, la majorité des doctorats sont profilés pour la recherche : ce cursus forme des experts dans leur domaine. Et l’image des docteurs dans le secteur privé est largement à améliorer... mais ce type de manifestation y contribue. Un bac+8 est certes un expert dans un domaine, mais c’est aussi un généraliste qui a su valider un bac+5, il est donc ridicule de penser qu’un doctorat est inutile au motif que les postes à pourvoir le sont aussi au grade de master. Car les doctorants sont la relève de la recherche française et les entreprises doivent reconnaître l’expertise de nos jeunes chercheurs.

Les politiques publiques font plus aujourd’hui pour les non-formés que pour les diplômés. C’est bien légitime d’aider les plus nécessiteux, cela s’appelle la répartition des richesses. Mais ceux qui obtiennent un doctorat le méritent par leur travail, leurs compétences et leurs qualités. Le doctorat témoigne d’un niveau de connaissance et de compétence supérieur au master, lui même supérieur a la licence. Si la France n’a aucun poste a proposer à ses doctorants, il ne faut pas s’étonner qu’il y ait un tel brain drain.