La violence du flou. Asperger, HPI, Synesthésie

La violence du flou. Asperger, HPI, Synesthésie

Avez-vous besoin d’exactitude, de cohérence, de logique ?
J’ai besoin de clarté, de vérité, de sens, d’intégrité, de limpidité. J’ai besoin de parole claire. J’ai besoin d’actes vrais.

Je ne sais pas vivre dans l’à-peu-près. Les zones floues m’écorchent, me piquent jusqu’au sang l’épiderme. Ce sont des voiles opaques, rêches à picots venant se frotter sur ma peau nue et sensible. Moi, je cherche la cohérence quand d’autres cherchent le confort. C’est instinctif, vital, viscéral.

Ce qui est flou pour vous, est assourdissant pour moi.

Je vois les contradictions comme des fissures dans les murs. Je les entends. Une phrase fausse a une couleur trouble. Une intention ambiguë laisse dans l’atmosphère un goût métallique. C’est aussi désagréable que de croquer du papier aluminium.
En moi, les dissonances ne passent jamais inaperçues. Elles clignotent, elles grondent. C’est fracassant comme le tonnerre, bleu-violet foncé avec du noir comme base. Ça envahit tout mon espace interne, jusqu’à ce qu’un ordre juste revienne.

Le mensonge me blesse moralement. Il me désaccorde, me pulvérise de l’intérieur. C’est une inondation dont je ne connais pas la fin.

Mon besoin de logique n’est pas une froideur. Je ne suis pas un glaçon féminin. Moi, j’aime le monde avec précision. Pas un monde tracé avec une règle au millimètre, mais un trait franc, direct tracé à main ou poing levé.
J’ai confiance en l’autre quand les mots correspondent aux gestes. Quand les promesses ont un poids. Quand les silences ont une signification honnête. Les couleurs deviennent alors lumineuses, acidulées de fraîcheur.

J’ai besoin que la réalité tienne debout sans masquer ses fondations.
Je demande que les mots aient une colonne vertébrale.

Je suis faite d’hyperlucidité et de nuances infinies.
Asperger, HPI, Synesthète.
Mi femme-mi animale.

Je capte les détails. Je sens les micro-failles dans une voix. Je sens les intentions derrière les formulations. Je vois les vibrations invisibles entre les êtres.
Mon esprit ne cesse jamais de coudre entre elles les pièces du puzzle.

Je vois ce que beaucoup ressentent sans parvenir à le nommer.

Oui, j’ai besoin d’exactitude. De vérité.
Je ne supporte ni lâcheté, ni faiblesse, ni médiocrité humaine.
Je ne suis pas rigide, mais entière. Je vois deux mondes. Le monde réel et un monde périphérique.
C’est l’incohérence qui mal mène mon esprit. Elle brouille mes pistes. Elle défait ce que j’ai minutieusement cousu.
Un non-engagement ou une faiblesse d’investissement dans l’attitude d’autrui, et c’est une pièce du puzzle qui saute.

Une vérité imparfaite est plus respirable qu’un mensonge poli.
Les mots imprécis créent en moi un marécage verdâtre.
L’imprécision dans votre langage, le flou, la manipulation verbale en suspend, c’est comme un plat avarié. C’est l’amorce d’un mensonge généralisé dans les actes futur. Une déception de l’autre programmée. C’est détestable, périssable comme une denrée. C’est moisi, avec des poils bleu-gris.

Imbouffable, indigeste, à vomir.

L’ambiguïté prolongée est une violence silencieuse. Je ne transige pas, je ne pardonne pas, je refuse, je m’éloigne.
Je préfère les vérités nettes aux tendresses floues.
Les présences sincères, entières, aux apparences rassurantes.
Je préfère une franchise qui tremble à une douceur qui trahit.

La sincérité maladroite aura toujours plus de beauté qu’une perfection artificielle.

Mon esprit cherche les structures, les liens, les symétries cachées. Je pense en constellations, en graphismes, en dessins. Je pense en architectures invisibles, en correspondances de couleurs, de sons, de sensations.

Le monde entier est une partition, une géométrie, un langage secret.
Quand quelque chose est juste, je le sens immédiatement. Tout s’aligne en moi comme un instrument parfaitement accordé.

Quand tout est cohérent, mon esprit cesse de survivre.
Alors, je commence à respirer.

Je ne demande pas la perfection. Je demande l’authenticité. La cohérence entre l’être et le paraître. Le respect des mots donnés. Comme une couleur pure qui ne viendra pas déformer ce qui existe en moi.

Je peux vivre avec l’imperfection. Jamais avec le faux.

Dans mon monde, tout a une texture, une fréquence, une densité.
Pour que je puisse y respirer, j’ai besoin que le vrai demeure vrai.