Le “Code de la Sortie de Route” officiellement lancé à Paris : un guide inédit pour les victimes d’accidents
À force de parler sécurité routière, limitations de vitesse ou prévention des accidents, un sujet reste souvent oublié : que se passe-t-il après le choc ? Une fois les gyrophares partis, les constats remplis et les blessures visibles ou invisibles installées, des milliers de victimes se retrouvent seules face à des démarches administratives, médicales et psychologiques extrêmement lourdes. C’est précisément pour répondre à ce vide qu’a été lancé à Paris le “Code de la Sortie de Route”, une initiative portée par l’association Victimes & Citoyens.
Présenté le 12 mai 2026 à l’ECF Faidherbe dans le 12e arrondissement de Paris, ce dispositif a réuni journalistes, acteurs de la sécurité routière, représentants institutionnels et professionnels de la conduite autour d’une idée simple : apprendre non seulement à éviter l’accident, mais aussi à survivre à ses conséquences. L’événement a notamment été soutenu par l’ECF et la Délégation à la sécurité routière.
Le constat est brutal. Selon les chiffres de l’ONISR rappelés lors du lancement, 3 260 personnes ont perdu la vie sur les routes françaises en 2025 et près de 244 000 ont été blessées, dont plus de 16 000 grièvement. Derrière ces statistiques se cachent des trajectoires de vie bouleversées, des familles désorientées et des victimes souvent perdues face à des procédures qu’elles ne comprennent pas.
Le “Code de la Sortie de Route” prend donc la forme d’un guide pédagogique de plus de 60 pages conçu pour accompagner les victimes dans l’après-accident. Déclarations à effectuer, responsabilités, assurances, expertises médicales, indemnisation, suivi psychologique, retour à l’emploi : le document tente de centraliser toutes les informations essentielles dans un langage accessible.
L’idée part d’un constat de terrain formulé par Julien Thibault, fondateur de Victimes & Citoyens : les personnes accidentées doivent gérer immédiatement des démarches complexes alors même qu’elles sont psychologiquement fragilisées par le traumatisme. Une désinformation ou une mauvaise décision prise dans les premières heures peut avoir des conséquences importantes sur leurs droits et leur prise en charge future.
Le guide ne vise pas uniquement les automobilistes. Piétons, cyclistes, passagers, conducteurs de deux-roues ou utilisateurs de trottinettes sont également concernés. Cette approche élargie traduit une réalité contemporaine : la route n’est plus seulement celle des voitures. Dans les grandes villes comme Paris, les mobilités se multiplient et les accidents impliquent désormais une diversité d’usagers particulièrement vulnérables.
Le projet assume aussi une ambition pédagogique forte. “Le Code de la route nous apprend à éviter l’accident. Le Code de la Sortie de Route nous apprend à faire face à ses conséquences”, résume Patrick Mirouse, président de l’ECF. L’objectif est clair : transformer ce guide en réflexe citoyen, au même titre que les gestes de premiers secours ou les règles élémentaires de sécurité.
En parallèle du guide papier, une version numérique interactive a été développée avec un site dédié permettant de télécharger le contenu et de tester ses connaissances à travers un système inspiré du Code de la route classique. Une campagne nationale d’affichage doit également accompagner le dispositif afin de le faire connaître au grand public.
Au-delà de l’outil lui-même, cette initiative révèle surtout un angle mort de notre société. On prépare énormément les citoyens à conduire, mais très peu à affronter les conséquences humaines, juridiques ou psychologiques d’un accident. Pourtant, l’après peut parfois être plus violent encore que l’impact lui-même. Le “Code de la Sortie de Route” tente précisément de remettre cette réalité au centre du débat public.