Synesthésie, Asperger, HPI : plongée dans un cerveau où les mots deviennent couleurs, sons et sensations

Synesthésie, Asperger, HPI : plongée dans un cerveau où les mots deviennent couleurs, sons et sensations

Je vis dans un monde que je souhaite vous partager tant il est riche, musical, et coloré.
Je marche dans un monde qui ne porte pas le même silence que le vôtre.
Un monde où rien n’est simplement « là », où tout résonne, tout vibre, tout se colore.

Les mots, dans ma tête, explosent. Ils retentissent, ils agissent. Ils sont accompagnés de couleurs et de textures. La manière dont on va me dire simplement « bonjour », va avoir une répercussion immédiate en moi, sous forme de couleur, de son, de texture.

Cela peut devenir une éclaboussure orange, granuleuse, qui crépite, qui brûle. Cela peut aussi être blanc-gris, onctueux comme un fromage blanc. La voix, est bien plus qu’une voix. C’est un univers sensoriel qui me projette sur une palette de couleurs, d’odeurs, de goûts. C’est une cuisine, un menu qui s’affiche. Ça a une température, parfois ça pique, ça gratte, ou ça adoucit comme de l’huile d’amande douce. C’est épicé et coloré.

Ce que vous ne voyez pas n’est pas vide. C’est plein. Intensément plein.
Invisible pour vous, oui. Mais pour moi, c’est une évidence, une matière quotidienne, une réalité qui ne s’éteint jamais.

Chaque son déplie une forme. Chaque lettre a un poids. Je vois des images défiler. Elles sont invisibles pour vous, mais très présentes pour moi. Je n’invente rien, mais je me tais car le monde ne le comprends pas.

Faire la démarche d’être diagnostiquée par un psychiatre et un neuropsychologue, c’est comme vous montrer mon passeport. Une certification, une authenticité de mes perceptions. Ce que je vois et entends n’est pas faux. Mon fonctionnement neurologique est atypique. Il y a une autre dimension en moi.

Un rire peut être jaune fluo, strident comme du métal. Une personne peut-être violette-foncée, molletonnée.
Quand les gens parlent, tout se superpose. Les couleurs vont sur les sons, les sons vont sur les images et surtout j’entends toutes les conversations. Rien ne s’aligne, tout se brouille comme dans une peinture de Jackson Pollock.

Le monde ne se décrit pas simplement en moi. il me percute.
Être au milieu d’un groupe, lors d’une soirée, d’un dîner, c’est comme être invitée à survivre dans l’oeil du cyclone. C’est être au centre d’un orage violent.
J’ai longtemps eu honte de ne pas prendre de plaisir à partager ces instants tant appréciés de la société.

Moi, je pensais que tout le monde avait aussi cette autre dimension en lui. Cinquante ans de ma vie à ne pas douter du fait, que nous avions tous le même fonctionnement neurologique. Les mêmes cartes en main. Comme dans un jeu de société, si nous ne partons pas avec les mêmes règles, alors tout est faussé.

J’ai entendu ce refrain, j’ai grandi avec : j’étais juste « nulle », égoïste, incapable de faire « des efforts ». Au fond de moi, je me repliais dans le silence, totalement fracassée par toutes mes images, mes sons, mes couleurs. Submergée par tant de « pouvoirs »invisibles, avec ce sentiment profond, douloureux et supplémentaire de ne pas être comme il « faudrait être » en société.
Une sorte de cerise sur le gâteau.

Alors, on croit souvent que c’est une distance, une maladresse, une manière d’être « à côté ». Mais ce n’est pas un refus du monde. C’est une immersion différente. Ce n’est pas une carence. C’est une surcharge de beauté, parfois difficile à porter, souvent impossible à traduire.

On m’a enfin donné des mots pour me définir.
Syndrome d’Asperger, Haut potentiel intellectuel, Synesthésie.
Mais ces mots sont trop étroits pour contenir ce que je perçois. Ma réalité ne se pense pas seulement. Elle se joue. Elle se dessine aussi.

C’ est une musique avant d’être une idée. Une couleur avant d’être un langage.
Je vis dans un monde que je voudrais vous prêter un instant.
Pas pour vous convaincre, mais pour vous le faire ressentir. Ce monde est dense, débordant. Chaque détail à une voix, chaque voix a une teinte, chaque teinte transporte une émotion.

Et pourtant, j’essaie.
J’écris.

Parce que lire, vraiment lire, c’est déjà entrouvrir une porte vers l’autre. C’est accepter que derrière les mots se cachent des paysages que l’on ne soupçonne pas.
Si vous prenez le temps de lire, alors peut-être, l’espace d’un instant, vous verrez autrement.

Et peut-être que vous comprendrez que ce monde, le mien, n’est pas une erreur à corriger, mais une magie à rencontrer.