Trouble bipolaire : pourquoi certains finissent seuls, ruinés… ou suicidés

Trouble bipolaire : pourquoi certains finissent seuls, ruinés… ou suicidés

Le Trouble bipolaire est une maladie mentale d’une violence souvent sous-estimée. Derrière l’image parfois romancée du génie tourmenté, de l’artiste incandescent ou du visionnaire imprévisible, il y a surtout une souffrance immense, une instabilité chronique, des vies brisées, des amours détruits, des familles épuisées et, trop souvent, des fins tragiques. Dire que « les bipolaires finissent mal » est brutal, excessif et injuste pour beaucoup d’entre eux qui vivent, aiment et travaillent avec cette maladie. Mais il est vrai qu’en l’absence de prise en charge, le trouble bipolaire peut conduire à l’isolement, à la ruine affective, à l’addiction… et parfois au suicide.

Le trouble bipolaire alterne des phases de dépression profonde et des phases maniaques ou hypomaniaques. Dans la dépression, tout devient noir : fatigue écrasante, perte de sens, désespoir, ralentissement ou agitation, culpabilité, idées suicidaires. Dans la manie, au contraire, le sujet peut se sentir invincible : euphorie, hyperactivité, sexualité débridée, dépenses inconsidérées, colère, mégalomanie, perte de sommeil, parfois délire. Le paradoxe cruel est que ces phases hautes peuvent détruire autant que les basses. On perd son emploi, on trompe, on humilie, on dépense, on se fâche, on casse tout… puis vient la chute.

Pourquoi tant de bipolaires finissent seuls ? Parce que vivre avec eux peut être épuisant quand la maladie n’est pas stabilisée. L’entourage encaisse les promesses non tenues, les disparitions, les violences verbales, les emballements amoureux suivis de rejet, les décisions absurdes, les crises. Les proches aiment la personne, mais ne savent plus où finit la maladie et où commence la responsabilité. Beaucoup de couples explosent. Beaucoup d’amitiés s’usent. Et le malade, après avoir blessé ou fui, se retrouve souvent rongé par la honte.

Pourquoi tant sombrent dans l’addiction ? Parce qu’ils cherchent souvent à s’autoréguler. L’alcool ralentit l’excitation. Les drogues stimulent ou anesthésient. La cocaïne prolonge la manie ; le cannabis calme provisoirement l’angoisse ; les anxiolytiques éteignent un peu le tumulte. Mais tout cela aggrave souvent les cycles. L’addiction et la bipolarité forment un cocktail ravageur.

Et le suicide ? C’est l’un des risques majeurs. Les personnes atteintes de trouble bipolaire ont un risque suicidaire bien supérieur à la moyenne. Souvent dans les phases mixtes, les plus dangereuses, où coexistent énergie et désespoir. La dépression seule ralentit parfois l’acte ; la phase mixte donne l’élan pour passer à l’acte. C’est là que le drame survient. Beaucoup de grands artistes, écrivains ou musiciens qu’on soupçonne aujourd’hui d’avoir été bipolaires ont connu des fins tragiques.

Mais il faut dire l’autre vérité : on peut vivre avec un trouble bipolaire. Bien vivre, même. Avec un diagnostic précis, un traitement adapté, comme le Lithium ou d’autres thymorégulateurs, une hygiène de vie stricte, du sommeil, l’arrêt des toxiques et un suivi psychiatrique sérieux, beaucoup de patients retrouvent une existence stable. Ils aiment, créent, élèvent des enfants, travaillent et vieillissent.
Ce qui tue souvent, ce n’est pas seulement la maladie : c’est le refus du diagnostic, l’arrêt du traitement lors des phases euphorisantes, la honte, le déni, la solitude et l’incompréhension. Certains regrettent presque la manie parce qu’elle donne l’illusion de la puissance et de la lumière. Prendre un traitement, pour eux, c’est renoncer à cette intensité. Alors ils arrêtent. Et recommencent à tomber.

La bipolarité n’est ni une malédiction romantique ni une condamnation. C’est une maladie sévère, exigeante, imprévisible. Elle peut détruire. Elle peut tuer. Mais elle peut aussi être apprivoisée. Ce qui condamne le plus souvent les bipolaires à « mal finir », ce n’est pas d’être bipolaires. C’est d’être seuls avec leur chaos.