Trump n’est pas fou : Boris Cyrulnik le décrit comme un psychopathe obsédé par l’argent et la performance
Pour Boris Cyrulnik, Donald Trump n’est pas un malade mental mais un psychopathe, ce n’est pas une provocation gratuite, c’est une distinction clinique lourde de sens, et surtout lourde de conséquences. Cyrulnik ne parle pas de “folie” au sens psychiatrique classique, pas de délire, pas de rupture avec la réalité, mais d’un trouble du développement affectif, une construction de la personnalité marquée très tôt par une incapacité à ressentir pleinement l’autre. Là où la maladie mentale altère le rapport au réel, la psychopathie, elle, laisse intactes les capacités cognitives tout en vidant la relation humaine de sa substance émotionnelle. Autrement dit : comprendre, manipuler, performer… sans éprouver.
Dans cette grille de lecture, la réussite sociale ou politique n’est pas un contre-argument, c’est parfois un symptôme. La psychopathie fonctionnelle — celle qui ne mène ni à la prison ni à l’hôpital, peut au contraire prospérer dans des environnements compétitifs où l’empathie est un handicap. Le monde des affaires, puis celui de la politique spectacle, offrent à ce type de profil un terrain idéal : domination, simplification extrême, rapport instrumental aux autres, obsession du gain et de l’image. Chez Trump, Cyrulnik pointe une logique interne cohérente : l’argent comme seule valeur stable, les relations comme des transactions, la performance comme substitut à toute profondeur humaine.
Ce qui dérange, c’est que cette lecture retire toute excuse. Un malade peut être soigné, accompagné, compris dans sa souffrance. Un psychopathe, lui, n’est pas “malade” au sens où il serait défaillant : il fonctionne, souvent très bien, mais selon un système moral réduit, voire absent. La déshumanisation n’est pas un accident, c’est un mode opératoire. Les émotions des autres deviennent des leviers, pas des réalités à respecter. Dans ce cadre, les “performances”, économiques, médiatiques, électorales, prennent une teinte particulière : elles ne disent rien d’une grandeur humaine, seulement d’une efficacité froide.
Cyrulnik insiste aussi sur un point souvent mal compris : parler de trouble du développement, ce n’est pas excuser, c’est expliquer l’origine. Cela renvoie à des carences précoces, à une construction affective déficiente, mais cela ne dédouane pas des actes. Au contraire, cela oblige à regarder en face une réalité inconfortable : certaines personnalités puissantes ne sont pas déconnectées du réel, elles sont simplement déconnectées des autres.
La question, au fond, n’est pas de savoir si Trump est “fou”. Elle est bien plus dérangeante : que dit de nous une époque qui valorise, élit et amplifie des profils capables de réussir précisément parce qu’ils échappent aux freins ordinaires de l’empathie ? Derrière le diagnostic de Cyrulnik, il y a moins un jugement sur un homme qu’un miroir tendu à un système qui récompense la dureté, la simplification et la réduction de l’humain à une variable d’ajustement.