Une neuroatypique dans la jungle de Paris

Une neuroatypique dans la jungle de Paris

J’ai un rapport poétique et labyrinthique à l’espace urbain. C’est à la fois analytique, sensoriel et imaginaire. Je recherche les structures, les motifs et les logiques de mon environnement. Pour moi, une ville c’est un immense réseau de structures. Il y a des rues, des ponts, des quartiers, des lignes de transport, des architectures différentes. Cela active ce qu’on appelle ma Pensée systémique, la capacité à voir le monde comme un ensemble de systèmes reliés.

Une ville est pour moi une carte mentale, un puzzle ou un labyrinthe à comprendre. J’y remarque des détails que les autres ignorent. Les motifs dans la pierre, les répétitions architecturales, les symétries, les textures, les variations de lumière.

Dans une ville ancienne comme Paris, cela transforme mes promenades en exploration visuelle constante. Un enrichissement perpétuel. J’absorbe visuellement et intellectuellement les façades, les pavés, les ferronneries, les ponts comme ceux de la Seine. Je marche dans un livre de formes à lire.

Ma pensée est visuelle et spatiale. Les lieux se transforment immédiatement dans ma tête. Une rue devient un couloir de labyrinthe, un pont devient un passage symbolique, un quartier un territoire. Une ville pour moi, c’est une structure mentale.

Une ville c’est comme un chapiteau, un labyrinthe sous cloche. Il y a des motifs, des dessins gravés dans la pierre, sur les ponts, sur les troncs. Un décor solide pour un théâtre de vies. Il y a des motifs décoratifs incrusté sur des pans de murs, des graffitis de messages d’amour ou de haine. Il y a des milliers de cachettes de poupées, de lutins, de faux princes. Il y a du béton, de l’histoire dans l’air, du parquet vitrifié sur terre, des poutres, des lucarnes, des jardins d’hiver, des mosaïques au sol, et la vraie vie ailleurs. La ville dupe, trouble, hypnotise, calcine et je lutte pour ne pas être brûlée vive.

Marcher dans Paris, c’est lire Les Misérables, c’est percevoir les pavés arrachés et jetés de mai 68. C’est l’alcool au coin de la rue, c’est l’odeur de l’ivrogne invisible. C’est l’odeur de l’herbe mélangée à celle d’un poisson avarié.
Je sens la tension sous jacente, palpable, qui m’impose un état de vigilance permanent. Ça m’étouffe.

Paris a la saveur de la culture. Un musée gigantesque grignoté parfois, souvent, par des sortes de « cochons » incultes. Paris c’est la « pisse » et le « style ». C’est une mixture improbable de personnages. Des hommes s’embrassent et les filles ont des poils. Cette ville te libère, te tolère. Paris c’est la beauté de l’irrégularité. L’improbabilité humaine partageant ce même hôpital psychiatrique à ciel ouvert.
J’aime Paris quand je peux la dompter, lui imposer mon rythme et la quitter quand je l’ai décidé. J’aime explorer la ville seule, marcher longtemps et observer les motifs urbains tout en ayant besoin de moments de silence ou de lieux calmes.

La marche y est physique. Elle me bouffe mon énergie, parfois mes espoirs. Elle me fait monter en température, elle met à l’épreuve mon rythme cardiaque, se joue de mes pulsations, je suinte, je transpire, je chauffe. Je porte, je supporte.
il y a des marches , des escaliers, des pentes, des couloirs, des inter-couloirs, des bus en face, des vélos à droite, à gauche, des talons aiguilles, des baskets jaunes, du rouge, du vert, du gris, des valises trop lourdes, des collants filés, des gens voûtés, des gens dépassés, étouffés.

J’ai une relation très ambivalente avec une ville comme Paris. Elle est à la fois oppressante sur le plan sensoriel et fascinante sur le plan intellectuel et culturel. Vous savez, j’ai une hypersensibilité sensorielle. Dans une ville comme Paris, il y a constamment du bruit, des odeurs fortes, des lumières, des mouvements multiples et une densité humaine élevée. Paradoxalement cette ville concentre énormément de lieux culturels. Des musées, des librairies, des cinémas, une architecture et une histoire. Pour quelqu’un qui aime explorer des sujets en profondeur c’est un terrain de jeu idéal.

Cette ville a cette capacité culturelle qui me permet d’approfondir des domaines tels que l’art, l’architecture, le cinéma ou la littérature. D’y trouver des ressources presque infinies.
Paris est mon terrain d’exploration.

J’aime aussi qu’elle offre l’anonymat urbain. C’est une grande liberté. On peut être discret. On n’est pas observé comme dans une petite communauté. Chacun suit son propre chemin. Cela créer un sentiment de sécurité sociale indirecte chez moi. C’est un peu comme vivre dans un lieu qui stimule énormément l’esprit mais fatigue fortement les sens.

Paris est une ville que j’aime avec la tête mais que je déteste avec les nerfs.
J’aime Paris pour les mondes qu’elle m’ouvre, et je la déteste pour le bruit avec lequel elle les referme.

J’aime Paris pour ses pierres qui pensent et ses ponts qui rêvent ; je la déteste pour la foule qui m’empêche de les entendre.