Monaco, au royaume du luxe, l’avortement reste interdit en 2026...

Monaco, au royaume du luxe, l'avortement reste interdit en 2026...

À Monaco, tout respire la modernité. Les yachts s’alignent comme des trophées, les fortunes s’affichent sans complexe et la principauté incarne à elle seule une certaine idée du succès contemporain. Pourtant, derrière cette façade éclatante, une réalité beaucoup plus discrète subsiste : sur le territoire monégasque, l’avortement n’est toujours pas légalisé. Le contraste est brutal, presque dérangeant. Dans un État qui symbolise l’excès et la liberté économique, le corps des femmes reste encadré par une législation d’un autre temps.

La situation est d’autant plus troublante qu’elle repose sur une forme d’ambiguïté juridique. Depuis 2019, les femmes ne sont plus pénalement poursuivies si elles avortent, ce qui donne l’illusion d’une avancée. Mais dans le même mouvement, l’acte lui-même reste interdit. Autrement dit, on ne condamne plus celles qui avortent, mais on empêche toujours que cela se fasse légalement sur le territoire.

Les médecins, eux, restent exposés à des sanctions s’ils pratiquent une interruption volontaire de grossesse en dehors de cas très stricts comme le viol, un danger grave pour la mère ou une malformation du fœtus. Ce paradoxe installe un système bancal, presque hypocrite, où la tolérance remplace le droit sans jamais le reconnaître pleinement.

Dans les faits, la solution est simple, presque cynique : les femmes vont ailleurs. À quelques kilomètres de là, en France, l’IVG est un droit encadré et accessible. La frontière devient alors une échappatoire. On quitte Monaco pour exercer un choix intime que son propre pays ne permet pas. Cette proximité géographique masque en partie la rigidité de la loi monégasque, mais elle crée aussi une inégalité silencieuse. Car toutes les femmes n’ont pas la même facilité à franchir cette frontière, à organiser un déplacement, à assumer les démarches dans l’urgence. Derrière cette apparente fluidité se cache une réalité plus dure : celle d’un droit conditionné aux moyens et à l’information.

Si Monaco reste figé sur cette question, ce n’est pas uniquement par inertie. La principauté est l’un des derniers États européens où le catholicisme est religion d’État, et cette dimension continue d’influencer les choix politiques. Le pouvoir y est centralisé, et les décisions sociétales majeures passent par un équilibre délicat entre tradition, image internationale et évolution des mœurs. En 2025, une tentative de légalisation avait pourtant été votée par le Conseil national, signe que la société monégasque elle-même évolue. Mais le texte a été stoppé, rappelant que, dans ce système, certaines lignes restent difficiles à franchir.

Ce qui dérange, au fond, ce n’est pas seulement l’interdiction. C’est le symbole. Monaco est un territoire tourné vers l’avenir, capable d’attirer les capitaux du monde entier, d’innover, de s’adapter à une économie globale en perpétuelle mutation. Mais sur un sujet fondamental, intime, universel, la principauté conserve une position en décalage total avec son environnement immédiat. Comme si la modernité pouvait être sélective, comme si elle s’arrêtait aux portes du corps féminin.

L’anomalie est d’autant plus visible que l’Europe occidentale a largement tranché la question. L’avortement y est reconnu comme un droit dans la majorité des pays, parfois même inscrit dans des textes fondamentaux. Monaco, lui, reste dans cet entre-deux étrange : ni pleinement répressif, ni véritablement libre. Un système qui fonctionne tant que les femmes peuvent partir, tant que la solution existe ailleurs, à portée de route.

Mais cela pose une question simple, presque inconfortable. Un droit peut-il être considéré comme acquis s’il oblige celles qui veulent l’exercer à quitter leur propre pays ? À Monaco, la réponse est encore suspendue, quelque part entre tradition et réalité. Et c’est précisément là que le malaise s’installe.