Hermann, l’auteur belge de Jeramiah nous a quittés

Hermann, l'auteur belge de Jeramiah nous a quittés

Il y avait chez Hermann quelque chose d’irréconciliable et profond.
Un refus net de séduire. Une manière de dessiner comme on encaisse des coups.
Hermann Huppen vient de mourir. Et avec lui disparaît une certaine idée de la bande dessinée : rugueuse, terrienne, sans illusion. Une BD qui ne cherche pas à plaire mais à dire. À montrer. À gratter là où ça fait mal.

Né en 1938 en Belgique, Hermann n’a jamais été un dessinateur décoratif. Très vite, il impose un style : trait nerveux, visages creusés, regards lourds d’histoires qu’on ne raconte pas. Avec Greg, il entre dans la légende par la grande porte du journal Tintin. Comanche, Bernard Prince : le classicisme, oui, mais déjà fissuré. Déjà sale. Déjà plus vrai que le vernis de l’époque.
Puis il bascule.
Avec Jeremiah, il ouvre un monde en ruine, un futur sans avenir où les hommes errent comme des bêtes blessées. Ce n’est pas de la science-fiction : c’est un miroir. Un monde après la chute, où la violence n’est jamais spectaculaire, toujours banale. Inévitable.
Avec Les Tours de Bois-Maury, il signe sans doute son sommet. Un Moyen Âge sans romantisme, sans chevalerie, sans lumière facile. Juste la boue, la faim, la quête absurde d’un homme qui marche vers un château qui n’existe peut-être pas. Hermann dessine la fatigue du monde.
Ce qui frappe, chez lui, ce n’est pas seulement le talent, immense, c’est la cohérence.
Il n’a jamais triché. Jamais adouci. Jamais cédé à la tentation du joli.
Son trait, c’était une morale.
Grand Prix d’Angoulême en 2016, respecté par tous, copié par beaucoup, égalé par presque personne, Hermann aura traversé les décennies sans se lisser. Il travaillait encore, récemment, avec son fils Yves H., comme si créer n’était pas une carrière mais une nécessité physique.
Hermann, c’était ça : un corps au travail, un regard sans concession, une œuvre sans maquillage.
Aujourd’hui, on perd plus qu’un grand dessinateur.
On perd une exigence.
Et dans un monde d’images trop propres, trop rapides, trop faciles, son absence va se voir.
Comme un silence.