Comment je me suis mise nue Place de la République
Ecrire, pour moi, c’est comme « naître » mais en décalé. C’est rose clair, doux et chaud. Ça sent le frais, je m’y sens bien comme dans une pièce laissant entrer le soleil au printemps. Je m’y sens en sécurité, apaisée. C’est une mixture colorée, une salade composée, une sorte de plusieurs « moi » décortiqués en lettres. L’alphabet qui s’adapte aux autres pour se faire comprendre, entendre, communiquer, parler, échanger.
Déposer avec des mots, c’est faire acte d’identité, acte de présence à la vie, acte d’existence, acte de placement. Soi au monde, dans le monde. C’est être dans la vérité, se dénuder, se dévoiler, se laver. C’est offrir de soi, c’est démembrer son histoire, défaire le puzzle et en exposer chaque pièce. C’est se foutre à poil dans la rue, sur la page. Je ne comprends pas ce monde. Je ne comprends pas le manque de curiosité, le manque d’envie de découvrir, de lire, de me lire. J’ai écrit mon histoire, et c’est un cri que personne n’entend.
Je prends un mégaphone, je monte sur la sculpture de la place de la République et je crie.
Moi : Heyyyy !!! Le monde, les gens, la population, les êtres, les hommes, suis-je invisible ??! est-ce que j’existe en réalité ?! Elle est où votre sensibilité ?! Lisez !, ouvrez ce putain de manuscrit qu’on en finisse ! Arrêtez de regarder vos téléphones, arrêtez de remplir du vide ! Osez tourner les pages de mon livre, j’ai quelque chose à vous dire !
Le Monde : Mais pour qui tu te prends ??!! Tu n’es pas la seule ! Personne ne s’intéresse véritablement à ton histoire ni aux autres d’ailleurs. Tu vois bien que tout le monde s’en fout ! Nous on veut du rapide, de la dopamine, de l’excitant. Peut-être qu’on deviendra un peu plus curieux si ça parle de nous, si cela peut nous apporter quelque chose à nous mais pas qu’ à toi tu vois.
Moi : Je parle de mon existence, pas de mon égo. Chaque jour je créer, j’écris, je vous offre ma vision du monde, c’est ce qu’il y a de plus précieux, de plus intime chez moi. Un don sans écho ! Une bouteille à la mer dans un océan d’âmes déjà mortes. Vous me faites tous peur ! Vous niez mon existence, vous me torturez avec votre indifférence, votre insensibilité et ce pouvoir dégueulasse de décider si vous allez daigner ouvrir ou non mon livre. Cette invisibilité est d’une violence extrême. C’est silencieux, froid, polaire, glacial, noir-bleu, givrant mon être tout entier dans de la glace.
Le Monde : En criant comme ça tu vas finir par te réchauffer !! (Tout le monde éclate de rire) Tu fais pitié ! Nous on s’en fiche bien de l’art ! Et puis il va falloir apprendre à te calmer, à séduire davantage, à rentrer dans le système, à flatter, à obtempérer. Nous, quand quelqu’un est en souffrance on détourne le regard, on baisse la tête, on tourne la page mais pas celle de ton livre ! ( tout le monde rit )
Moi : Mais vous ne comprenez pas ! C’est bien autre chose qu’un simple contenu que j’ai déposé dans ce livre, c’est une part de moi-même ! Si personne ne s’y arrête c’est que mon regard, ma sensibilité, ma parole, mes années de travail demeurent invisibles. Quelle valeur a un artiste aujourd’hui dans ce monde ?! Que voulez-vous pour vos enfants ? Réagissez ! La curiosité ça se travaille, ça s’apprend !
L’indifférence, le vide, le scrolling c’est tout ce qu’il nous reste ??!!! Lire quelqu’un, c’est lui dire : « Je te vois ». C’est découvrir, c’est nourrir nos esprits plutôt que de les anesthésier avec du rien.