Marsupilami : succès en salles, désamour critique
Le nouveau Marsupilami signé Philippe Lacheau fonctionne au box-office. Les familles répondent présentes, le rythme est soutenu, les gags s’enchaînent, la marque rassure. Et pourtant, du côté des critiques cinéma, le verdict est souvent brutal : adaptation bruyante, écriture faible, casting en pilotage automatique, absence totale de profondeur. Comment expliquer ce grand écart ?
Le reproche central porte sur l’écriture. Beaucoup parlent d’un scénario réduit à un fil conducteur minimal servant de prétexte à une succession de sketches. L’intrigue avance par accumulation de situations comiques sans véritable construction dramatique. Là où l’univers d’André Franquin brillait par son inventivité, sa poésie absurde et son sens du détail, le film privilégie la mécanique du gag immédiat. On multiplie les clins d’œil, les ruptures de ton, les effets numériques tapageurs, mais sans vraie progression narrative. Résultat : un divertissement qui bouge beaucoup mais raconte peu.
Le casting concentre aussi les réserves. Lacheau retrouve sa bande habituelle, avec l’efficacité qu’on lui connaît. Le problème n’est pas le professionnalisme, mais l’absence de surprise. Les personnages semblent écrits pour coller aux personnalités publiques des acteurs plutôt que pour exister en tant que figures autonomes. On a l’impression d’assister à une extension d’un univers comique déjà vu ailleurs, appliqué cette fois à la jungle et au mythe du Marsupilami. Les seconds rôles sont souvent réduits à des fonctions : le méchant caricatural, le complice gaffeur, le ressort romantique. Peu d’épaisseur, peu de nuances.
La profondeur, enfin, est le point le plus sévèrement attaqué. Le matériau d’origine permettait pourtant d’explorer des thèmes forts : la préservation du vivant, la fascination pour l’exotisme, l’exploitation des créatures rares, la confrontation entre modernité et nature. Le film effleure ces pistes sans jamais les creuser. Tout est sacrifié à la vitesse et à la vanne. Les enjeux restent superficiels, l’émotion est fugace, et aucune scène ne semble pensée pour durer au-delà du rire immédiat. Pour une partie de la critique, cela transforme l’adaptation en produit calibré plus qu’en œuvre cinématographique.
Et pourtant, le public suit. Parce que le film assume pleinement son rôle de divertissement populaire. Il offre du rythme, des couleurs, un humour accessible, une énergie constante. Dans une période où la comédie familiale française peine parfois à rassembler, ce type de proposition coche les cases. Les enfants rient, les parents passent un moment léger, et la machine promotionnelle fonctionne.
La dichotomie est révélatrice d’un malaise plus large : faut-il demander à une comédie issue d’une bande dessinée culte d’être ambitieuse ou simplement efficace ? Les critiques reprochent au film de ne viser que l’efficacité commerciale et de diluer l’esprit original dans une formule éprouvée. Le public, lui, juge à l’instant : est-ce que ça marche ? Est-ce qu’on rit ? Dans ce cas précis, la réponse est oui.
Mais soyons clairs : fonctionner ne suffit pas à convaincre les cinéphiles exigeants. Ce Marsupilami remplit les salles, mais laisse une impression de potentiel non exploité. Un film bruyant, énergique, rentable, et pour certains, profondément creux. Voilà la fracture.