Gourou, très peu pour moi, merci bien
Il y a des films qu’on attend.
Il y a des films qu’on redoute.
Et puis il y a ceux qui nous laissent parfaitement indifférents. “Gourou” avec Pierre Niney, c’est la troisième catégorie.
Je vais être clair : je n’ai aucune envie d’aller voir ce film. Aucune. Et ce n’est pas un caprice de cinéphile blasé, c’est un ras-le-bol très précis.
D’abord, le sujet. Les gourous. Les manipulateurs charismatiques. Les dérives sectaires. Le “phénomène” à l’américaine, calibré, psychologisant, vaguement sulfureux mais jamais vraiment dangereux.
On nous promet toujours une plongée fascinante dans les mécanismes d’emprise. On obtient souvent un récit balisé, dramatique, un peu moral, un peu démonstratif, très formaté. Une fausse audace.
Ensuite, le réalisateur. Je n’ai pas aimé ses précédents films. Pas du tout. Je les ai trouvés appuyés, démonstratifs, parfois prétentieux sous couvert de modernité. Une mise en scène qui veut faire “tension” mais qui respire la dissertation de cinéma. On sent la volonté de faire sérieux, d’être pertinent, d’avoir un propos. On sent tout. Trop.
Alors “Gourou” ? J’imagine déjà le dispositif : ascension fulgurante, regard intense, musique inquiétante, fascination collective, chute morale. Le tout emballé dans une photographie soignée, un montage nerveux, et cette gravité un peu convenue qui donne l’impression de traiter un sujet important. Mais important pour qui ? Pour quoi ?
Ce qui m’agace, c’est cette obsession contemporaine pour les figures de manipulateurs charismatiques. Comme si le cinéma avait besoin de mythifier l’emprise pour la dénoncer. Comme si chaque histoire de gourou était forcément profonde. Non. Parfois c’est juste creux. Parfois c’est un concept séduisant sur le papier, mais dramatiquement faible.
Quant à Pierre Niney, acteur talentueux, indéniablement, il a cette capacité à incarner l’intelligence nerveuse, la tension intérieure. Très bien. Mais le voir en leader mystique moderne, magnétique, trouble… j’ai peur que ce soit une performance brillante au service d’un scénario qui ne l’est pas. Le genre de rôle “à transformation” qui attire les louanges avant même que le film ne soit digéré.
Et puis, soyons honnêtes : le thème du gourou sent le produit. C’est vendeur. C’est cliquable. Ça promet du malaise, de la manipulation, de la psychologie de comptoir. On coche toutes les cases d’un sujet “dans l’air du temps”. Résultat ? Une œuvre qui se croit courageuse parce qu’elle traite d’un sujet sulfureux, alors qu’elle ne fait que recycler un imaginaire déjà sur-exploité.
Ce qui me dérange, au fond, c’est la fausse bonne idée.
L’impression d’un film qui veut être fort sans prendre de risque réel.
Qui veut être critique sans être dérangeant.
Qui veut dénoncer sans se salir.
Je préfère encore un mauvais film qui assume sa naïveté qu’un film sérieux qui se croit nécessaire.
Alors non, je n’irai pas voir “Gourou”.
Pas par provocation.
Par lassitude.
Et parfois, ne pas aller voir un film, c’est déjà une critique.