Regain citoyen dans le Médoc et toc !

Regain citoyen dans le Médoc et toc !

L’année 2026 commence de façon optimiste pour les habitants de la Pointe du Médoc. D’une part, dans la commune de Grayan et l’Hôpital où une liste citoyenne et participative « Démocratie et Avenir » insuffle enfin un vent de démocratie directe ! Au Verdon, ça regimbe ferme comme au bon vieux temps du refus du terminal méthanier, avec cette fois le projet d’une usine géante de saumons sur la terre ferme. L’un dans l’autre, ces révoltes citoyennes augurent un espoir certain pour contrer le vent de la peste brune, qui nous souffle dans les burnes et les vulves (comme ça pas de jaloux), son cortège mortifère d’uniformité et de liberté anémiée.

« Les moutons vont à l’abattoir. Ils ne se disent rien, eux, et ils n’espèrent rien. Mais du moins ils ne votent pas pour le boucher qui les tuera, et pour le bourgeois qui les mangera. Plus bête que les bêtes, plus moutonnier que les moutons, l’électeur nomme son boucher et choisit son bourgeois. Il a fait des Révolutions pour conquérir ce droit. ou noirs, blancs ou rouges, et qui sont payés pour avoir ta peau ; si, au lieu de croire aux chimériques flatteries dont on caresse ta vanité, dont on entoure ta lamentable souveraineté en guenilles, si, au lieu de t’arrêter, éternel badaud, devant les lourdes duperies des programmes ; si tu lisais parfois, au coin de ton feu, Schopenhauer et Max Nordau, deux philosophes qui en savent long sur tes maîtres et sur toi, peut-être apprendrais-tu des choses étonnantes et utiles. Peut-être aussi, après les avoir lus, serais-tu moins empressé à revêtir ton air grave et ta belle redingote, à courir ensuite vers les urnes homicides où, quelque nom que tu mettes, tu mets d’avance le nom de ton plus mortel ennemi. Ils te diraient, en connaisseurs d’humanité, que la politique est un abominable mensonge, que tout y est à l’envers du bon sens, de la justice et du droit, et que tu n’as rien à y voir, toi dont le compte est réglé au grand livre des destinées humaines  ».

J’étais plongée enthousiaste dans la lecture de « La Grève des électeurs » de ce cher Mirbeau, quand surgissant de nulle part, tel un Zozo masqué, le Bartos vint me crier aux esgourdes : ma vieille, ça bouge à Grayan et l’Hôpital ! Notez en passant le côté caractériel de zigue que j’ai de plus en plus de mal à gérer et digérer !
Pour votre gouverne, sachez que cette commune située à environ 90 km au nord de Bordeaux est composée de plusieurs villages disséminés sur son territoire. Dont celui d’Euronat, naturiste depuis 1975, né de la déforestation massive pour implanter des chalets, mobil homes, un camping, une piscine, une thalasso… Suite au trop plein et au succès foudroyant du CHM de Monta (construit lui sur les cendres d’un incendie de forêt et des ruines de la guerre), afin de dégrossir le mammouth. Il est considéré comme la cinquième roue du carrosse qui rapporte pourtant bonbon, du fait du pactole des taxes foncières qui rentrent dans l’escarcelle du budget de la commune. Budget en berne et mis en procès, depuis le passage éclair d’une mairesse magistrate portée sur la religion de la Rosière. Vous savez l’hymne que ne reniera pas maréchal nous voilà et le signe de croix, croa croa….
Entre temps un militaire gradé en retraite s’est parachuté à la tête de la commune, jusqu’aux prochaines élections du mois de mars 2026.

Entre temps encore, le Médoc a subi le règne d’un député R’Haine, en pur produit du fantasme des étrangers presque inexistants sur le territoire, qui viendraient manger le pain des gaulois en faisant régner la terreur.
Mais alors, me direz-vous, c’est un paysage politique contrasté que je vous décris là !

C’est donc une commune où il ne se passe pour ainsi dire rien, à part un loto de temps en temps pour tromper l’ennui et la chasse, sport régional et nada ou presque au niveau culturel. Si ce n’est l’été au Gurp, avec sa plage textile et son célèbre camping les pieds dans l’eau.
Sa médiathèque très moderne et agréable au niveau des locaux est gérée par des personnels bénévoles (souvent des retraités qui s’enquiquinent), donc gratuits et non formés au métier de l’animation, la gestion, les systèmes de classification des ouvrages, l’informatique, d’une médiathèque vivante qui se respecte. Alors qu’un ou une bibliothécaire de métier aurait toute sa place pour rayonner, suite à une formation au niveau d’une licence professionnelle BAC + 3 sur plusieurs mois d’un cursus spécialisé.
De même, difficile de trouver un contre-rendu des réunions municipales et donc de dresser un bilan exhaustif de l’équipe actuelle.

Donc, si vous préférez, c’est le changement presque dans la continuité du précédent mandat en plus calme. Car avant ce fut un déchainement d’attaques larvées pour déstabiliser et couler Euronat et ses habitants à l’année et ses estivants. Au point, pourtant les naturistes ne sont pas très revendicatifs, qu’ils en vinrent à créer un collectif « Nous sommes Euronat » ! Sur le modèle « Nous sommes Charlie ». A la grande différence, la liberté de la presse et des caricatures n’a pas entrainé mort de femmes et d’hommes dans le Médoc. Ouf ! Mais comme nous sommes dans le Sud, le caractère d’exagération est courant en ces contrées reculées.

Entre plusieurs tempêtes d’hiver et les pluies en abondance sous une température clémente, le Bartos m’a réveillée.
Une liste citoyenne s’intitulant « Démocratie et Avenir » était sortie comme du chapeau d’un magicien médocain. Au départ, 16 personnes issues d’horizons sociaux et culturels hétérogènes des quatre quartiers se sont regroupées derrière ce qu’ils appellent « une liste participative, une liste qui ne se regroupe pas derrière un homme ou une femme. Une liste qui parie sur l’intelligence et le débat. Nous voulons créer des espaces où tout le monde se sent libre de participer, contribuer, et veiller aux affaires publiques à hauteur de sa disponibilité, dans le respect, l’écoute et la transparence ». A la lecture de ce tract le Bartos éructait, mais oui c’est possible. Bof, dubitative comme à mon habitude, de mon côté, je pensais, encore à la poudre aux yeux pour racoler les électeurs à se faire tondre la laine sur le dos, comme au bon vieux temps de ce cher Mirbeau. Mais n’étant pas fermée au débat, j’ai voulu en savoir plus.

Pour se faire j’ai envoyé mon émissaire le Bartos, lors de la réunion publique du samedi 17 janvier. Il m’a tout raconté… L’équipe s’est présentée devant un public copieux qui s’est ensuite partagé autour de 5 tables pour discuter autour de 5 thématiques : démocratie participative et citoyenne / territoire évènement patrimoine / développement commerce culture / éducation jeunesse sport alimentation / tisser des liens accessions aux soins.
Des débats constructifs ont eu lieu avec prises de paroles et notes afin d’en sortir des projets réalistes pour la commune, qui correspondent aux souhaits des habitants.

D’autres communes se sont mises au diapason de cet esprit de démocratie direct que j’affectionne sous le sigle « fréquence commune » et le slogan : « prenons le pouvoir pour le partager ». Leur site c’est du lourd et du sérieux : https://www.frequencecommune.fr/ .
On y trouve un guide, des fiches, des méthodologies, le recensement des communes qui adhèrent à ce mode de fonctionnement, des récits d’expériences concrètes. Le tout s’appuyant sur un sondage IFOP référencé et raisonné selon lequel, pour les élections municipales de 2026, 74 % des français françaises ne veulent plus des partis à la tête des communes.
https://www.frequencecommune.fr/2026/municipales-2026-74-des-francaises-ne-veulent-plus-des-partis-a-la-tete-des-communes/

L’élection à la gueule du client comme ce fut trop souvent le cas, ainsi que les magouilles blues et malversations fréquentes, elles et ils n’en veulent plus et souhaitent enfin que la parité homme/femme soir respectée, sans restriction de sexe, d’origine sociale et culturelle.

Le tube des années 80 de François Béranger « Magouilles blues » (qui au demeurant a obtenu récemment une plaque de rue à Paname) ne sera pas le tube des années 2020, si d’autres initiatives citoyennes, telles que celles de Grayan et l’Hôpital et partout ailleurs, se concrétisent.

Un autre regain citoyen se situe à la Pointe du Médoc et au Verdon pour être précis. Déjà dans les années 2007, une lutte acharnée sur les deux rives de l’estuaire avait abouti à l’abandon de l’érection d’un terminal méthanier. J’y avais participé et couvert les manifs dans ma rubrique « Gens du Médoc ».
A présent, c’est une usine géante de saumons sur terre qui est proposée. Ayant déjà visité à la petite échelle d’un élevage de saumons dans des cages flottantes de l’océan en Norvège, j’ai pu découvrir l’équivalent de nos usines à poules ou de bétails qui se piétinent dans un espace restreint de vie. Sans compter, la nourriture pas exsangue de produits parfois à base de farines animales et autres saloperies. Je ne parle même pas des rejets des déjections et eaux sales générées par ces usines.

Une des raisons de ruer dans les brancards de la part de la liste Démocratie et Avenir de Grayan et l’Hôpital, j’y reviens brièvement, c’est justement concernant la question de ce projet d’usine aquacole, puisque je cite « le vote des conseillers communautaires de Grayan et l’Hôpital en faveur du projet s’est déroulé sans débat démocratique nécessaire avec les élus et les habitants, sur un sujet qui engage pourtant l’avenir du territoire ». A la manif du 18 janvier au Verdon, ils étaient nombreux les habitants de Grayan et l’Hôpital et de la Pointe du Médoc et de l’autre rive de la Charente, entre 800 et 1000 ! A la vielle de la cloture de l’enquête publique qui a compté plus de 95 % d’opposition argumentée à ce projet. C’est dingue, on se serait cru comme au bon vieux temps des cocos en élections bien à l’abri derrière leur rideau de fer
La décision est désormais entre les mains du préfet et la demande d’un moratoire immédiat de 10 ans pour tous les projets d’usines de saumons terrestres en France est dans les cartons.

De son côté et pour étayer les arguments des opposants au projet, le Conseil scientifique de l’estuaire de la Gironde, après avoir alerté sur l’inadéquation du terrain et de l’emplacement de l’implantation, sur les doutes quant au nombre d’emplois, remarque dans sa contribution :
Des imprécisions et des manques d’informations, sur le procédé RAS mis en œuvre, sur la caractérisation des effluents (notamment organiques) ; de préjudiciables lacunes sur le traitement de l’eau et les rejets aquatiques, sur les points de mesure et de suivi, pour un dimensionnement prévu de production annuelle de 10 000 tonnes de saumon ;
Les impacts prévisibles du projet sur la nappe de l’Eocène, en non compatibilité avec le SAGE « Nappes profondes de Gironde » ;
Un état initial et une étude des enjeux “milieu marin” incomplets ;
Une analyse des impacts sur le milieu estuarien non abordée. La conclusion de l’étude d’incidences sur la zone Natura 2000 n’est pas étayée ; (ex. un “non-impact” sur le site Natura 2000 « Estuaire de la Gironde » est indiqué sans justification) ;
Des suivis de surveillance incomplets en phase de fonctionnement (habitats, compartiments, prélèvements/mesures, analyses, stratégies temporelle et spatiale, seuils de dépassement réglementaires).
Et de conclure : « Au total, le Conseil scientifique ne peut se satisfaire des imprécisions et manques qui, en dépit d’affirmations rassurantes parsemant les documents sur les risques naturels et internes, sur les besoins en eau, en énergie, sur les rejets, associés au projet, nécessitent des justifications construites et étayées ». (source La Fraie sauvage, collectif médocain pour informer et alerter sur les impacts de l’implantation d’une usine terrestre d’élevage intensif de saumons au Verdon, agir pour préserver l’estuaire et le territoire, imaginer d’autres modes de développement respectueux de la vie).

Vous l’aurez compris, je ne prétends à aucune objectivité sur cette thématique qui me tient à cœur. Mais pour me rattraper et vous plongez au cœur du sujet, je ne saurais trop vous conseiller de visionner le documentaire de Blast : ÉLEVAGE INTENSIF : LA GUERRE DU SAUMON EST DÉCLARÉE, certes qui date déjà mais est très réaliste et expose les différents points de vue contradictoires https://www.youtube.com/watch?v=lBUZps5a3qc
En complément, la lecture instructive de l’article de Reporterre : « Les mégafermes à saumons, ou quand les « industriels se prennent pour des dieux »
https://reporterre.net/Les-megafermes-a-saumons-ou-quand-les-industriels-se-prennent-pour-des-dieux?sfnsn=scwspmo
Les maires qui ont soutenu le projet sont désormais dans le collimateur des électrices et électeurs… A votre bon cœur !

A suivre…