Critique de Mickey 17 de Bong Joon-ho (réalisateur de Parasite)

Critique de Mickey 17 de Bong Joon-ho (réalisateur de Parasite)

Mickey 17 est indéniablement un film plaisant, généreux, souvent drôle et visuellement impressionnant. Le scénario est malin, accessible sans être idiot, jouant avec une idée de science-fiction claire et efficace : la duplication humaine comme outil de domination économique et politique. On entre vite dans le film, on suit sans effort, et on ne s’ennuie pas.

Le casting est excellent, à commencer par Robert Pattinson, très à l’aise dans ce registre hybride entre naïveté existentielle et satire. Les seconds rôles fonctionnent parfaitement, et l’ensemble donne une vraie dynamique de groupe.

Il faut d’ailleurs souligner la prestation extraordinaire de Mark Ruffalo. Il livre un rôle déjanté, inquiétant et volontairement grotesque, flirtant avec l’excès sans jamais perdre le contrôle. Son personnage, à la fois ridicule et profondément menaçant, incarne une figure du pouvoir contemporain mêlant populisme, autoritarisme et narcissisme. Ruffalo s’amuse, ose la caricature, pousse le trait jusqu’au malaise — et c’est précisément ce qui rend sa performance si juste et si politique. Il est clairement l’un des moteurs les plus mémorables du film.

Les décors et les effets spéciaux sont géniaux, inventifs, lisibles, jamais gratuits : le monde de Mickey 17 est crédible, cohérent, et visuellement très maîtrisé.

Comme souvent chez Bong Joon-ho, le film est traversé de nombreux messages politiques. Impossible de ne pas reconnaître des figures contemporaines : des échos évidents à Trump, Musk, voire Hitler, dans cette galerie de dirigeants grotesques, autoritaires ou cyniques. Le propos sur le capitalisme, la déshumanisation et la répétition de l’Histoire est clair, parfois appuyé, mais jamais totalement creux.

Là où le film laisse un léger goût d’inachevé, c’est dans son choix assumé du divertissement. Mickey 17 privilégie trop souvent le gag, le burlesque, la caricature. Cette accumulation de situations comiques finit par désamorcer le drame, affaiblir l’émotion, et empêcher certaines scènes d’atteindre la gravité qu’elles appellent. Là où Parasite ou Snowpiercer maintenaient une tension tragique sous l’humour, Mickey 17 relâche trop souvent la pression.

Au final, on passe un très bon moment : le film est généreux, intelligent, spectaculaire, mais reste un peu trop ludique pour marquer durablement. Un bon film de science-fiction politique, efficace et séduisant, qui sacrifie parfois l’émotion profonde sur l’autel du divertissement.