Critique de Les biches de Claude Chabrol (1968)

Critique de Les biches de Claude Chabrol (1968)

Les Biches de Claude Chabrol est un film qui a, aujourd’hui, terriblement mal vieilli. Ce qui pouvait passer pour de la provocation feutrée ou de l’ambiguïté trouble à la fin des années 60 apparaît désormais comme un exercice maladroit, creux, et largement surévalué.

Le scénario est faible, simpliste, presque paresseux. Les enjeux dramatiques sont mal posés, les motivations des personnages restent floues sans être mystérieuses, et l’ensemble donne l’impression d’une construction artificielle, plus conceptuelle que vécue. On n’y croit jamais vraiment. Les situations s’enchaînent sans tension réelle, comme si Chabrol se contentait de suggérer une transgression sans jamais oser l’affronter frontalement.

Stéphane Audran, elle, est magnifique. Sa présence est indéniable, élégante, magnétique, parfois même troublante. Elle fait ce qu’elle peut avec le matériau qu’on lui donne, et son aura sauve ponctuellement certaines scènes. Mais cela ne suffit pas. La beauté, le style, la posture ne remplacent pas un regard juste ni une écriture solide.

Présenté comme un film audacieux sur l’homosexualité féminine, Les Biches ne tient absolument pas ses promesses. Le sujet est à peine effleuré, traité avec une distance bourgeoise, presque décorative. Il n’y a ni chair, ni désir crédible, ni véritable exploration psychologique. L’homosexualité y devient un motif exotique, un vernis sulfureux posé sur une chronique mondaine sans profondeur.

Au final, le film ressemble davantage à une petite fable bourgeoise creuse, enfermée dans son époque et ses codes, qu’à une œuvre réellement dérangeante ou visionnaire. Là où Chabrol pouvait être cruel, précis, implacable dans ses meilleurs films, il se montre ici étonnamment superficiel. Les Biches regarde la transgression de loin, sans jamais la comprendre ni la ressentir. Et c’est précisément pour cela que, aujourd’hui, le film ne fonctionne plus.