Le Mague

Culture, Société et Curiosité

publicité

Interviews

  • J'ai sondé et mis à nu Franck dit Bart et son Kirchner, par Carmilla Sheridan J’ai sondé et mis à nu Franck dit Bart et son Kirchner, par Carmilla Sheridan
  • Ô Pî d'la Voye, il fait bon vivre ! Ô Pî d’la Voye, il fait bon vivre !
  • Interview de Mado Gilanton et François Roque de l'Association APAISER S&C (maladies rares) Interview de Mado Gilanton et François Roque de l’Association APAISER S&C (maladies rares)

J’ai sondé et mis à nu Franck dit Bart et son Kirchner, par Carmilla Sheridan par Franck dit Bart

J'ai sondé et mis à nu Franck dit Bart et son Kirchner, par Carmilla Sheridan

Franck dit Bart, qui est pourtant très sauvage, a accepté de se livrer à nu sans langue de bois à ma longue interview. Il évoque forcément le Kirchner artiste subversif et transgressif, à travers des thématiques cruciales actuelles qui nous touchent de plein fouet. Comme si l’art intemporel de Kirchner et son histoire mouvementée en Allemagne et en Suisse, à l’aube de l’ère nazie se mirait en miroir sous notre nez, au risque que l’histoire ne se répète. C’est à vous de vous positionnez. Il en va de nos libertés de penser, créer, rêver, aimer, lutter ! Pour ne plus jamais être considéré comme dégénéré, par qui que ce soit.

Carmilla Sheridan  : Kirchner c’est qui pour vous ?
Franck dit Bart : Kirchner c’est mon ami intemporel, l’artiste complet total inscrit dans son époque à la défroque sympathique et enlevée. Il a pris un malin plaisir à dresser des ponts avec des littérateurs, à travers ses œuvres, des couvertures d’ouvrages et de revues. Comme j’en parle dans mon livre, avec les écrivains marquants de son époque dont Alfred Döblin.

Carmilla Sheridan : Où et quand l’avez-vous découvert ?
Franck dit Bart : La première fois je l’ai croisé sous plusieurs formes masculines et féminines à l’Englischer Garten (Jardin anglais) de Munich. Je sortais de l’adolescence et ces présences nues qui se mêlaient aux culottes de peau m’ont profondément marqué, voire carrément choqué.

Carmilla Sheridan  : Comment ça et pourquoi ?
Franck dit Bart : Ce fut une secousse indicible pour moi à travers ce mélange des cultures si étranges à mes yeux. Je n’avais encore jamais été en contact avec des personnes nues dans un parc en France. Je n’étais pas encore devenu naturiste. Je participais à une émission de radio franco-allemande et une jeune allemande qui avait lu la stupeur dans mon regard me rassura, en me disant que c’était chose banale et naturelle à Munich.

Carmilla Sheridan : Et quel rapport y avait-il avec Kirchner ?
Franck dit Bart : Tout simplement ces personnes nues dans la nature au naturel incarneront les figures marquantes de l’œuvre de Kirchner durant toute son existence.

Carmilla Sheridan : Vous pouvez nous parler de votre regard sur l’œuvre de Kirchner ?
Franck dit Bart : Oui elle a été très progressive. Il me fallait m’habituer à sa présence, digérer son œuvre, me l’approprier. Ce fut d’abord à Berlin au Brücke Museum et dans les principaux lieux où il a vécu, que ce soit en Allemagne ou en Suisse, dans les musées qui lui sont consacrés, puis dans les livres, les revues, sur France Culture et Arte et dans mes recherches à la BNF (Bibliothèque nationale de France).

Carmilla Sheridan : De là à apprécier un artiste et écrire un livre sur lui, il y a un sacré fossé. Quel a été votre déclic ?
Franck dit Bart : En effet, ce fut une étrange histoire. D’autant plus que je ne suis en aucune manière historien d’art. J’ai juste un diplôme universitaire de master en documentation et informations scientifiques et techniques. Je l’ai obtenu en tant que salarié de l’éducation nationale à l’université Paris VIII Vincennes à Saint-Denis, il y a plusieurs décennies. A force, plus je découvrais toutes les facettes du talent de l’artiste multipiste et plus je tombais amoureux de son œuvre et plus il me trottait en tête d’écrire sur lui. J’avais commencé à publier des articles dans des revues telles la Vie au Soleil, la revue Corps ou pour le Mague. Puis à force j’en suis venu à pondre un début de livre d’une trentaine de feuillets.

Carmilla Sheridan : C’est peu et delà à le finaliser en livre et le proposer à un éditeur, comment avez-vous procédé ?
Franck dit Bart : Justement c’était toute la difficulté pour moi. J’avais déjà écrit quelques ouvrages littéraires publiés chez de petits éditeurs et avais connu la galère. Je savais que présenter mon Kirchner, ce serait encore plus difficile sinon impossible d’être édité, puisque non spécialiste de la question et encore moins universitaire. Donc je n’étais plus du tout motivé. Jusqu’à ma rencontre avec Bernard Andrieu à plusieurs reprises. Nous étions chroniqueurs réguliers des derniers numéros de feu la revue naturiste la Vie au Soleil. Le déclic, ce fut lors de sa visite un été à Euronat où j’habite à l’année. Il glanait des documents pour l’expo de Marseille en 2024 : « Les naturismes ». Je lui en ai parlé et il m’a répondu banco, qu’en effet ça rentrerai dans la collection qu’il dirige pour les éditions de l’Harmattan.

Carmilla Sheridan : En général les biographies d’un artiste sont linéaires et suivent chronologiquement son parcours du début à la fin sur la durée. Ce n’est pas votre mode de fonctionnement, pourquoi ce choix ?
Franck dit Bart : N’étant pas normand pour autant mais ardennais du côté de mes parents, je dirai, comme il était question au départ chez Kirchner d’expressionnisme, je me devais donner les définitions de ce vaste mouvement qui touchait toutes les expressions artistiques et littéraires de son temps, peu ou pas connues en France. Mais aussi décrire son époque et surtout la jeunesse en révolte contre les figures tutélaires du père et du père suprême le Guillaume II. A ce sujet dans l’article que vous m’avez consacré, j’ai vraiment apprécié que vous l’illustriez par la chanson « My generation » des Who. Elle correspond parfaitement à mes propos.

Carmilla Sheridan : Merci ! Cette jeunesse précisément dans ses différentes représentations, j’ai l’impression que vous éprouvez à son égard un sentiment ambigu à la Gainsbourg, sur l’air de je t’aime moi non plus. Je me trompe ?
Franck dit Bart : Ce n’est pas faux ! Il existait alors au moins trois mouvements de jeunesse actifs et différents dans leurs approches de la nudité. J’admire les Oiseaux migrateurs pour leurs pérégrinations dans la nature à chanter danser et se baigner nu en toute insouciance. Mais ça reste bien restreint et mou intellectuellement au niveau de leurs réflexions pour infléchir la société patriarcale de leur époque. Ils n’étaient pas politisés et c’est regrettable et insensé. Ils en payeront le prix fort à la guerre ! En accentuant la courbe des âges, si je devais les transférer dans le petit monde naturiste familial actuel, ils entreraient en correspondance. Avec cependant cette sacrée différence de comportement, les naturistes contemporains s’acharnent à vouloir vivre nu dans l’entre soi, uniquement à l’abri du monde derrière des palissades policées de leurs centres et clubs naturistes. Alors que les oiseaux migrateurs n’ont jamais voulu s’épanouir en cage. Tant et si bien, que les lieux de villégiature des naturistes contemporains ont d’ailleurs tendance à disparaitre, rachetés par des consortiums commerciaux textiles en France et même en Espagne. A croire que le naturisme ne fait plus recette !
Le second mouvement, la Jeunesse libre allemande avait la testostérone chevillée aux tripes. L’écrivain Heinrich Mann les dépeint comme de futurs nazis ou corps francs prêts pour la castagne au service du pouvoir fort du Führer. Ils sont de nos jours les frères et sœurs des intégristes hygiénistes naturistes, presque sosies des véganes et écolos bobos, qui se réclament d’un esprit saint dans un corps saint, les biscotos du ciboulot racornis et ignares de l’Histoire et la sociologie du naturisme. J’exagère à peine ! Ils veulent imposer par tous les moyens leurs diktats de façon autoritaire, au nom de leur propre salut. Heureusement, ils sont ultra minoritaires.
Enfin, les étudiants libres quant à eux remportent tous ma solidarité, d’autant plus, que l’écrivain Walter Benjamin fut l’un de leurs responsables. Il n’eut de cesse d’encourager un nouveau souffle dans les contacts étroits entre les littérateurs et les artistes. Comme plus tard pour le groupe die Brücke, le Pont, crée par Kirchner et ses trois acolytes. Je pourrai aisément les comparer de nos jours, avec les membres du Mouvement naturiste ouvert sur l’écologie politique, les impulsions sociales, le pacifisme, la culture et le sport sans compétition pour le plaisir des corps nus, que l’on peut lire dans leur manifeste. Et en actes concrets par leurs manifs tout nu et en vélo et leurs deux festivals, leurs soutiens contre les victimes de la nudophobie, homophobie… Ce sont des militants naturistes à part entière au vrai sens du terme. Les membres du Pont étaient libres et n’appartenaient à aucun mouvement de jeunesse, même si leurs aspirations, sans se bercer d’illusions, penchaient plus vers une direction qu’une autre. Je vous laisse deviner laquelle.

Carmilla Sheridan : Vous pouvez justement nous parler des artistes du Pont ?
Franck dit Bart : C’était quatre jeunes étudiants dans le vent, issus de l’école technique supérieure de Dresde. Avec un mot d’ordre artistique : se débarrasser avant tout de l’académisme de la morale et la religion et prendre son autonomie. Ce qui est intéressant dans leurs démarches c’est l’adoption d’un mode de vie que je pourrai qualifier d’autogestionnaire. Ils étaient jeunes et exaltés et ne se voyaient par comme des artistes reconnus qui se projetteraient dans une carrière artistique toute tracée. Au départ ils se fichaient d’être respectables et rentables. Ils cautionnaient leurs promotions à travers des expositions communes, des souscriptions et cotisations aux membres passifs et actifs qui les soutenaient. Ils partageaient tout, les modèle, l’atelier, le matériel et le logement dans un quartier prolétaire. Et à force de s’observer créer et de comparer leurs œuvres, ils progressaient vite. Comme pour prouver aux regardeurs que nous sommes, l’authenticité de leur création dans son immédiateté de leur vie d’artiste au jour le jour. Même si déjà Kirchner se démarquait de ses camarades par sa palette très nerveuses. Dans sa « Chronique de die Brücke » en 1913, il exprime parfaitement leur état d’esprit. Je le cite : « Ils trouvèrent là la possibilité d’étudier le nu fondement de tous les arts plastiques en toute liberté et en toute simplicité. En pratiquant le dessin sur de telles bases ils acquirent tous le sentiment de trouver ».

Carmilla Sheridan : Justement chez Kirchner le dessin prend une part prépondérante dans son travail. Vous pouvez nous en parler ?
Franck dit Bart : Lors de ses études d’architecture, Kirchner avait appris le dessin à main levée. Ensuite, en tant qu’artiste il s’est détaché de qu’on appelle généralement l’esthétisme. Il s’acharnait à fixer par le dessin tout ce qu’il voyait et percevait. C’était son écriture graphique à lui qu’il nommait hiéroglyphe et le ramenait à la simplification des formes naturelles pour en extraire la substance moelle.

Carmilla Sheridan : Pourquoi avoir choisi le Pont pour désigner ce groupe d’artistes ?
Franck dit Bart : C’est après d’âpres discussions qu’ils adoptèrent ce nom. L’un le proposa en expliquant que leur groupe mènerait d’une rive à l’autre. Un autre proposa Van Goghiana en hommage à Van Gogh. Mais finalement, Nietzche les rassembla par cette citation : Ce qui est grand dans l’homme c’est qu’il est un pont et non un but : ce que l’on peut aimer dans l’homme c’est qu’il est une transition et qu’il est un déclin ».

Carmilla Sheridan : Après sa participation durant 8 ans au groupe die Brücke, Kirchner s’est émancipé de la tutelle des autres membres et s’est installé à Berlin. En quoi cela va-t-il métamorphosé son œuvre picturale ?

Franck dit Bart : Ce fut comme une secousse sismique pour lui qui va l’électriser dans ses créations. Il va s’intéresser de près aux scènes de rue, de cirque, de cabaret. Et en premier lieu aux « cocottes », ces prostituées berlinoises qui arpentaient les grandes artères de la ville phare. Elles ne seront pas toujours du gout de la critique. Pour ses nus en atelier, il va transcender encore les corps des femmes à travers les formes élancées et athlétiques qui les caractérisaient. En plus, tout allait très vite. Il fut promptement prisonnier de la trépidante ville en mouvement continuel sans temps mort, qui le déconcerta, l’épuisa et en même temps le galvanisa. Tout en le plongeant dans un spleen certain, comme un appel au retour à sa propre nature.

Carmilla Sheridan : Mais comment alors chercha-t-il un exutoire à son malaise existentiel ?
Franck dit Bart : Par son sens inné de la fête dans son atelier, à travers également la consommation de substances illicites et plus tard encore la morphine qu’il s’injectait pour ne plus souffrir. Mais aussi et surtout en tentant de retrouver le paradis perdu de Fehmarn où il séjourna régulièrement pour se ressourcer et où il vécut je pense des jours heureux.

Carmilla Sheridan : Puis ce fut la guerre de 14 / 18 qui va entièrement le détruire n’est-ce pas ?
Franck dit Bart : En effet, à l’âge de 35 ans, il y participa comme « engagé volontaire involontaire » et se retrouva sur le terrain des opérations mortifères. Très vite il sombra dans une profonde dépression. Du fait de sa notoriété, il fut soutenu et se retrouva à errer dans des sanatoriums et en psychiatrie. Son tableau Autoportrait en soldat (1915) illustre son désarroi et son état psychique. En uniforme, il brandit le moignon, artifice de la main droite du créateur partie en vadrouille où se lit la mort artistique de Kirchner. Cette autre huile sur toile de la même période Le bain des soldats où des hommes nus et maigres se douchent, peut nous évoquer avec un regard prémonitoire les futures chambres à gaz et l’extermination des juifs et des opposants politiques et résistants au nazisme !
Comme pour réparer l’irréparable, il fut épaulé par sa nouvelle compagne Erna Schilling, une femme extraordinaire amoureuse et dévouée. Elle dut supporter toutes ses humeurs, infidélités et piquouses. Il s’enfuit à nouveau et cette fois en Suisse, pays neutre pour essayer de se retrouver. Les montagnes et les habitants de ces contrées vont lui redonner un coup de fouet. Mais pas suffisamment hélas pour survivre

Carmilla Sheridan : En effet, je laisse le soin aux lectrices et lecteurs de votre ouvrage de découvrir sa fin tragique. Une question me taraude, pourquoi, à part la couverture, on ne trouve aucune illustration des œuvres de Kirchner dans votre livre ?
Franck dit Bart : Mon éditeur n’est pas un éditeur de livres d’art. A la fin de mon ouvrage je donne tous les titres des œuvres de Kirchner que je traite et qu’il est aisé de retrouver sur la toile pour les admirer.

Carmilla Sheridan : A mon tour de jouer à la provocatrice, et si Kirchner vivait aujourd’hui, pourrait-il obtenir une once de reconnaissance et vivre de ses arts ?
Franck dit Bart : Certainement pas ! Il a bénéficié comme tous les créateurs de son époque du soutien actif de deux revues reconnues, que ce soit « der Sturm » (la Tempête) créée par l’esthète Herwarth Walden et l’écrivain neurologue Alfred Döblin en 1910. Résolument expressionniste, elle soutenait les artistes en publiant leurs œuvres graphiques et en les exposant dans sa galerie. Herwarth était un fervent admirateur des artistes et auteurs qui entremêlaient leurs arts au service d’une culture populaire et d’une génération du tohubohu salutaire. La seconde au nom militant « Die Aktion », de l’anarchiste et pacifiste Franz Pfemfert, se désignait comme un hebdomadaire de politique arts et littératures. Les deux revues étaient en concurrence malgré leurs résonnances proches. Pfemfert prenait un malin plaisir à qualifier Walden du Sturm « d’organe de l’Expressionnisme », de « faiseur d’affaires, de commerçant ». Walden rétorquait « La révolution n’est pas un art, mais l’art est une révolution ». Tristes querelles de chapelles culturelles mais qui exposèrent néanmoins et soutinrent sans faille Kirchner et sa bande.
En 2026, imaginez deux revues majeures indépendantes et engagées, telles que je les ai présentées, c’est totalement impensable. A l’heure où les principaux médias d’influence sont aux mains de magnats capitalistes qui prônent le retour à l’ordre moral et fasciste ! Kirchner serait copieusement ignoré, voir censuré et pourrait crever la bouche ouverte sous le sceau de l’infamie.

Carmilla Sheridan : Votre ouvrage est très marqué par le nu dès son titre. Je me demandais s’il fallait être obligatoirement naturiste pour le lire et le comprendre ?
Franck dit Bart : Surtout pas et encore heureux ! Votre propre lecture et interprétation de mon ouvrage contredit votre interrogation. Chacune et chacun, selon son histoire et sa sensibilité, on ressent à sa façon la nudité et ce à quoi elle correspond dans notre imaginaire fécond, à travers notre sexualité et nos propres fantasmes. Je ne donne qu’un point de vue sur la question et précise que je ne peux pas être objectif. Car très concerné, je dirai même plus, peut-être trop concerné. C’est aussi pourquoi j’apprécie particulièrement le regard sur la nudité portée par des textiles (les gens habillés comme on les désigne dans notre jargon). Cela permet de prendre du recul nécessaire par rapport à mon sujet d’étude, d’apporter d’autres arguments et la contradiction tant recherchée pour me remettre sans cesse en question et ne jamais danser sur le même pied. C’est ce que j’appellerai un sentiment d’altérité avec mes lectrices et lecteurs, que je cherche ardemment. D’autant que je peux assez facilement deviner les regards bienveillants des naturistes sur la nudité partagée collective et acceptée sans contrainte. L’histoire de l’art du nu ne remonte pas à Kirchner, ouf ! Elle est même antérieure à la Grèce ou la Rome antique. Dans le même registre, d’autres cultures des peuples premiers, auxquels s’est aussi intéressé Kirchner, notamment en Océanie, avant leur mise en bière en bons sauvages évangélisés, sont devenues présentables à la bonne société aseptisée, dite civilisée.

Carmilla Sheridan : Vous décrivez Kirchner comme un éternel provocateur. Mais aussi étonnant que cela puisse paraitre, vous énoncez aussi ses travers humains qui peuvent prêter à confusions et interprétations. Comment vous êtes-vous accommodé des accusations de pédophilie, antisémitisme, machisme à son encontre…  ?
Franck dit Bart : C’est une question forcément délicate. J’ai voulu révéler toutes les facettes de sa personnalité à l’aune de notre actualité et de nos mœurs. Puis les retranscrire à son époque où le ressenti pouvait varier. Pour se faire, j’ai donné la parole à différents experts de l’œuvre de Kirchner, afin d’ouvrir ce que j’appelle les « controverses morales et critiques autour de l’œuvre de Kirchner ». A force d’arguments contextualisés ils démontent ces différentes accusations et les contredisent aisément. Si jamais elles s’étaient révélées exactes, je n’aurai au grand jamais pu cautionner de telles imputations. C’est une question d’éthique historique. J’aurai arrêté immédiatement la rédaction de ma bio de Kirchner qui m’a pris beaucoup de temps, d’énergie et de transports.

Carmilla Sheridan : Votre livre ou vos livres de chevet ont-ils toujours un rapport avec Kirchner ou réussissez-vous à vous extraire de son œuvre qui vous habite ?
Franck dit Bart : J’apprécie l’esprit de subversion qui vibre dans les polars internationaux. Mais actuellement je lis surtout des ouvrages ayant trait à l’histoire de l’Allemagne nazie, dont un gros pavé « Le monde nazi 1919 / 1945 » de l’historien Johann Chapoutot et deux de ses collègues. C’est d’autant plus troublant, avec la montée en puissance des formes de fascismes qui se développent actuellement autour de nous en Europe et dans le monde et s’appuient toujours sur le mode de la haine et la terreur. Le régime nazi fut fondé sur un consentement massif de la population. Il se propageait à travers sa propagande de la haine des juifs, des slaves et des malades, sur fond de crise économique et sociale et de revanche sur le traité de Versailles. Son germe basique s’appuyait sur des émotions fanatiques et une culture militante. En France aujourd’hui, les bronzés qui « mangeraient le pain des français », les LGBT+++ qui ne repeuplent pas le pays du fait de leurs mœurs « hors nature » ; les laïques de 120 ans d’âge, selon les complots francs-maçons qui défient les 2000 ans de notre culture chrétienne par leur réfutation des crèches de Noël ; France Inter radio du service public payé par nos impôts aux mains des gauchistes ; trop c’est trop, l’heure des Pros le dit haut et fort à la radio et à la télé et rétablit sa « vérité nue ». Elle est une digne descendante directe de l’affreux Jojo Goebbels aux mains du ministère de l’Education du peuple et de la Propagande du Reich. Le parti de la haine, franchouillard, développe ses idées. Il est bon de rappeler qu’il fut créé par deux anciens Waffen SS français et des sympathisants néonazis au service d’un tortionnaire borgne en Algérie. Des médias au service d’un milliardaire s’immiscent dans une propagande proche de celle du régime nazi avec des moyens de communication colossaux. Ce qui augure à forces et influences le risque de leur prise du pouvoir prochain. Si aucune riposte citoyenne concrète sociale et culturelle n’émerge de notre conscience éteinte et individuelle. J’avoue être très inquiet, malgré mon esprit optimiste. Je garde néanmoins confiance en le genre humain dans son essence fraternelle et révolutionnaire. S’il a encore l’esprit critique de décrypter son histoire proche et actuelle afin d’agir en sorte, que plus jamais la peste brune ne se développe. Je reviens d’un séjour en Espagne et entonne le slogan, des Républicains, trotskistes et anarchistes face aux hordes franquistes : no pasaran !

Carmilla Sheridan : Je me permets de vous interrompre. Répondez à ma question. Et Kirchner dans tout ça ?
Franck dit Bart : (sourire) Kirchner n’est jamais loin. Lui qui fut l’une des innombrables victimes du régime nazi, considéré comme « artiste dégénéré ». Je lis aussi le roman d’anticipation d’Alfred Döblin (neurologue (1848 / 1957) : « Monts mers et géants ». Il a été publié en 1924. De sa plume O combien littéraire et visionnaire, il nous expose avec un siècle d’avance, les catastrophes écologiques actuelles du réchauffement climatique, les manipulations génétiques, les migrations forcées, les armes chimiques, les guerres entre l’Ouest et l’Est, jusqu’à l’idée de la fonte des glaces du Groenland pour y installer une colonie... Kirchner a réalisé un portrait pictural saisissant de cet auteur hors norme en 1912, pour lequel il éprouvait la plus profonde estime. Il réalisa également quatre gravures sur bois concernant sa nouvelle « Comtesse Mizzy ». Kirchner aura l’occasion d’émerger de son chalet suisse où il vivait en ermite pour assister à une conférence de Döblin, qui en tant qu’auteur éclairé, s’inquiétait à juste raison de la situation politique allemande. Et la boucle est bouclée pour répondre à votre question ! A croire qu’on reste toujours dans le giron de l’expressionnisme allemand et qu’il est difficile (sourire) de s’en extraire, une fois qu’on y a plongé la tête la première !

Carmilla Sheridan : A vous le mot de la conclusion.
Franck dit Bart : Je vous remercie infiniment de vous être intéressée à Kirchner et à mon ouvrage. Je voudrais rendre un vibrant hommage aux femmes iraniennes et à toutes celles qui se reconnaissent dans leurs luttes légitimes pour leur reconnaissance en tant qu’êtres humains libres de vivre leur vie comme elles l’entendent la chevelure au vent, sans rendre des comptes à la gent masculine. J’adore cette citation qui les concerne lors de leurs manifs si courageuses et regarde toutes les femmes face aux barbus religieux : « Je me ferai nue jusqu’à ce que tu perdes la vue » ! Kirchner j’en suis certain aurait apprécié et aurait été inspiré par ces femmes que j’admire tant.
Et si vous me permettez, pouvez mettre le lien de la chanson « Vivre » de Joan Pau Verdier. Elle correspond à mon état d’esprit quand j’ai écrit ce livre.

Ernst Ludwig Kirchner : « Le nu fondement de tous les arts plastiques » ! de Franck dit Bart, éditions l’Harmattan, novembre 2025, 174 pages, prix 19 euros

Puisque les œuvres de Kirchner prévues pour illustrer mon article ne passent pas, je vous convie à les découvrir dans ce lien où les visuels autorisés sont entrés dans le domaine public.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Ernst_Ludwig_Kirchner

Voir en ligne : Ernst Ludwig kirchner "Le nu fondement de tous les arts plastiques"

le 31/01/2026
Impression

Rubriques

À la Une | Archives | Arts | BD | Blog Actu | Chronique DVD | Cinema | Coup de Cœur | Coup de Pique | Coup de Pompe | Culture | Dessin | Dessiné par Tastet | Documents | Ds Show | Écologie | Éditorial | Gens du Médoc | Gogol 1er | Incasable | Interviews | L’image | La revue de Presse | Littéraire | Musik | News | Où Sortir | People | Politik | Presse | Provok | Qui es-tu ? | R. Z. Izarra | Rumeurs Normandes | Sexy | Société | Sports | Tendances | TV | Vidéo | Zoom |

Liens

THIONVILLE | FREDERIC VIGNALE PHOTOGRAPHE | Centre Pompidou | Porte 7 editions | maelström reEvolution | Roma Léone | Tout le monde connaît Raoul | Paris-Pigeons | Danser sous les cendres | Legend | Google | Indelible Records | Mesdames Media | Leica France | Les souffleurs de vers | Café Joyeux | Galerie Frédéric Roulette |

Le Mague

Les auteurs du MAGue | Keske le MAGue ? | En résumé | Tags | Brèves |

LE JOURNAL LE MAGUE (Existe depuis Janvier 2003)

Ecrivez à la Rédaction du Mague