Un évêque allemand explique les crimes nazis par l’athéisme

Un évêque allemand explique les crimes nazis par l'athéisme

Nouveau dérapage du clergé allemand : dans son sermon pascal, l’évêque catholique d’Augsbourg a cherché à démontrer que les crimes perpétrés par les nazis et les communistes soviétiques prennent leur source dans l’athéisme dont ils se revendiquaient. En Allemagne, les libres-penseurs se sont révoltés contre une telle interprétation de l’Histoire.

Partout où Dieu est nié ou combattu, les gens et leur dignité sont vite bafoués, a prétendu l’évêque Walter Mixa dans son sermon de Pâques prononcé dans la cathédrale d’Augsbourg. Selon ses propres termes, une société sans Dieu est un enfer sur terre… Mais là où le bas blesse, c’est que le prélat fait directement référence aux régimes autoritaires pour justifier l’existence divine : au siècle dernier, les régimes athées du nazisme et du communisme ont, avec leurs camps d’internement, leur police secrète et leurs assassinats de masse, prouvé d’une façon terrifiante ce par quoi l’athéisme se traduisait en pratique.

Les libres-penseurs accusent Walter Mixa de réécrire l’Histoire. Il est pour eux totalement insoutenable de proclamer que l’humanité relève exclusivement en la foi religieuse. Rudolf Ladwig, président de la section allemande de la Ligue internationale des Sans Religion et Athées, explique à la presse que les propos de l’évêque font partie d’une stratégie de l’Église à long terme pour se disculper, d’une manière historiquement fausse, de sa propre attitude par rapport au fascisme.

En effet, le régime nazi a visé des communistes, des sociaux-démocrates, des libéraux, des syndicalistes, les juifs, des roms et des gitans, des homosexuels, des handicapés et tant d’autres… Rudolf Ladwig précise qu’il ne s’agissait nullement d’une dictature athée en tant que telle ; la résistance religieuse est uniquement venue d’individus. Le philosophe Michael Schmidt-Salomon, chef de file de la fondation Giordano-Bruno, s’est également élevé avec vigueur contre cette vision de l’Histoire présentée par le prélat : si vous imaginez que les juifs ont précisément été considérés comme athées pendant la période nazie, vous vous rendez compte à quel point ce raisonnement est perfide. Il relève que les associations de Libre-Pensée, et des athées revendiqués ont également été persécutés.

L’idée de Walter Mixa selon laquelle la dictature nazie était athée est proprement une falsification de l’Histoire, prétend le philosophe. En effet, l’idéologie nazie — y compris son antisémitisme — est fondée en grande partie sur des traditions chrétiennes, explique Michael Schmidt-Salomon, se référant à Mein Kampf d’Adolf Hitler et aux autres ouvrages nazis. La majorité de l’élite nazie s’est considérée comme chrétienne, explique-t-il. Certes, l’idéologie nazie s’est inspirée d’une grande variété de courants de pensée religieuse, du nihilisme au néo-paganisme en passant par la mythologie germanique et l’hindouisme, l’athéisme n’a joué aucun rôle significatif dans l’élaboration de la doctrine des nazis. D’ailleurs, les athées revendiqués n’étaient pas bienvenus dans le parti nazi ou la SS.

Les rapports de l’église catholique aux nazis sont également ambigus. Des membres du clergé ont effectivement combattu le régime, ce qui a eu pour conséquence leur meurtre et leur persécution. Mais d’autres ont de leur plein gré collaboré avec la dictature, et la plupart n’ont absolument rien fait. Il n’y a pas eu de persécution à l’encontre des chrétiens pendant le IIIème Reich — justement pas cette persécution particulière envers les chrétiens et l’Église dont Walter Mixa s’est fait le chantre. Contactés par rapport à ces critiques, ni le diocèse d’Augsbourg, ni la conférence des évêques allemands n’ont souhaité réagir au sermon ou aux récriminations.

Ce n’est pas la première fois que l’évêque se réfère au nazisme dans un souci rhétorique. En février dernier, Walter Mixa faisait un rapprochement entre le nombre de juifs morts pendant l’holocauste à celui des avortements effectués au cours des dernières décennies… Des politiciens allemands de gauche ont parlé de l’évêque comme d’un super-intégriste fou qui utilise les techniques de propagande des nazis. Le prélat a aussi prêté le flanc aux critiques en comparant la situation des Palestiniens au ghetto juif de Varsovie. Selon l’office de statistiques fédéral, un tiers de la population allemande n’appartient pas à une organisation religieuse. Un sondage effectué en 2005 atteste que 22% des Allemands croit en l’existence de Dieu, et 23% se considèrent comme athées ou agnostiques.

Source : Der Spiegel.