Johnny Depp et l’Autre Versant des Violences Domestiques : Les hommes peuvent être des victimes, les femmes peuvent être des agresseurs.

Johnny Depp et l'Autre Versant des Violences Domestiques : Les hommes peuvent être des victimes, les femmes peuvent être des agresseurs.

"L’émergence de la violence domestique en tant que « problématique des femmes » de nature politique remonte au début des années 70, lorsque le regain du féminisme a donné naissance au mouvement des femmes battues. Et pourtant, presque dès le début, la question de la violence domestique par les femmes est devenue un sujet de controverse - l’enquête nationale sur la violence familiale de 1975, par les sociologues Murray Straus et Richard Gelles du Family Research Laboratory de l’Université du New Hampshire, a constaté que les femmes étaient tout aussi susceptibles que les hommes de déclarer avoir agressé physiquement un conjoint, et les hommes tout aussi susceptibles que les femmes de signaler avoir été agressés.

Environ la moitié de ces cas impliquaient des violences réciproques, et les chercheurs ont supposé qu’au moins dans ces cas les femmes réagissaient en état de légitime défense ou en représailles. Cependant, des enquêtes ultérieures ont demandé qui avait déclenché la violence et il s’est avéré que les femmes étaient aussi susceptibles que les hommes d’être les agresseurs. Cette découverte surprenante a été confirmée, à ce jour, par plus de 200 études sur la violence intime. (...)

L’affirmation selon laquelle les motivations des femmes pour être violentes avec leurs partenaires sont radicalement différentes de celles des hommes ne résiste pas non plus à l’examen. Dans un essai publié en 2010 dans la revue Partner Abuse, Straus conclut que les motivations des femmes sont souvent similaires à celles des hommes, ce qui va de la colère au contrôle coercitif. (...)

Il convient de noter que la violence exercée par les femmes ne vise pas uniquement les hommes : dans l’enquête CDC de 2010, 44% des lesbiennes ont déclaré avoir été agressées par une partenaire intime à un moment donné, contre 35% des femmes hétérosexuelles. Bien que certaines des violences subies par les lesbiennes aient été commises par des agresseurs masculins dans des relations antérieures, les 2/3 n’ont signalé que des femmes. Les femmes sont également, selon la plupart des données, la majorité des auteurs de violences physiques contre les enfants et les personnes âgées. Ce fait reflète sans aucun doute leur plus grande implication dans les rôles de "care" soin ; néanmoins, il souligne également le fait qu’elles ne sont pas un sexe non violent. De toute évidence, les différences de taille, de force, de muscle, etc. entre les sexes sont importantes. Un homme qui frappe une femme au visage - en supposant qu’ils sont tous 2 de force moyenne et à peu près du même âge - est beaucoup plus susceptible de causer de graves dommages qu’une femme qui frappe un homme. Il est extrêmement peu probable qu’une femme étouffe ou batte un homme à mains nues, ou le retienne physiquement.

Mais cela ne signifie pas que la violence féminine est inoffensive. Les femmes peuvent utiliser des armes, y compris des armes improvisées comme de l’eau bouillante (ou des bouteilles et des canettes !). Les attaques-surprises, parfois sur une victime endormie, sont également une tactique courante pour l’agresseuse (...)

Où le féminisme entre-t-il en ligne de compte dans tout cela ? On penserait volontiers qu’un mouvement qui remet en question les stéréotypes sur la fragilité et la passivité féminines accueillerait favorablement la preuve que les femmes peuvent être autant des agresseurs que des victimes dans l’espace domestique. On pourrait penser qu’un mouvement défendant ostensiblement l’égalité exigerait un traitement égal pour les agresseurs et les victimes, quel que soit leur sexe. Mais à quelques exceptions près, comme l’ancienne présidente de l’Organisation nationale des femmes, Karen DeCrow, les féministes ont été extrêmement hostiles à presque toute reconnaissance de la violence féminine ou de la victimisation masculine. La littérature féministe sur le sujet, à quelques exceptions près, s’est concentrée sur le déni, la minimisation ou l’excuse de la violence féminine. (...) Les chercheurs qui écrivent sur le sujet ont été soumis non seulement à des pressions pour battre en retraite, mais aussi au harcèlement, à l’intimidation et à la calomnie, comme Straus l’a détaillé dans son essai de 2010. Tant dans la littérature académique féministe que dans les médias populaires, la discussion de ce sujet tabou a souvent été assimilée à une réaction anti-féministe. (...) Ce n’est pas seulement une question de blogs et de piges. Particulièrement depuis l’adoption de la loi de 1994 sur la violence contre les femmes, les groupes de défense qui adoptent le point de vue féministe de « la violence comme terrorisme patriarcal » ont une relation symbiotique avec les agences étatiques et fédérales. (...)

Dans ce domaine, le féminisme sous sa forme dominante a œuvré pour perpétuer, et non pour remettre en cause, les stéréotypes sexistes : pouvoir et brutalité masculins, impuissance et innocence féminines. Ces stéréotypes ont conduit à des injustices très réelles. (...) la réaction à l’histoire de Johnny Depp / Amber Heard montre que les stéréotypes sont toujours forts - et, à certains égards, plus forts que jamais en raison du climat #BelieveWomen. (...)

Si le féminisme est une question d’égalité - et pas seulement un réflexe de solidarité avec les femmes - alors croire que Johnny Depp peut être une victime et qu’Amber Heard peut être un abuseur, c’est du vrai féminisme."

https://arcdigital.media/johnny-depp-and-the-other-side-of-domestic-violence-7954dfd3b89c?fbclid=IwAR0fiJcFeiiIij1kkZIjwUWCxfbVkzHR4X4-MofewBgJkRd14RUUin9mXhI