L’Amour condamné à deux Jours de la Saint-Valentin

L'Amour condamné à deux Jours de la Saint-Valentin

20 ans de réclusion pour Mushtaq Amer Butt, ce garçon de 28 ans qui a joué avec une fille comme on joue à craquer des allumettes. Chahrazad, brûlée vive à 60%, s’est faite violence pour témoigner de son martyre au procès qui s’est achevé jeudi soir. Une histoire d’amour qui finit mal, encore une, et face à laquelle les jurés, comme chacun sans doute, n’a réussi à trouver d’excuse ou de circonstance atténuante à ce crime de l’amour.

C’est le 13 novembre 2005 que le jeune homme, repoussé par Chahrazad Belayni après un flirt qu’il pensait s’achever en apothéose avec un mariage, isole sa dulcinée pour, le cœur brûlant d’un amour fou, l’asperger d’essence et craquer une allumette. Idéaliste jusqu’à l’intransigeance, qualifie l’expert psychologue en parlant de Mushtaq Amer Butt, prostré dans le box des accusés.

Et c’est bien la raison qui a poussé la jeune fille à prendre de la distance avec son soupirant : la manière dont il concevait sa relation était une quête d’absolu, explique le Dr Sylvia Lefort, estimant qu’il était incapable d’accepter le refus, émotionnellement et physiquement à la barre… Mais ce n’était pas un geste inconscient, insiste-t-elle. Mushtaq Amer Butt n’est pas fou, il est simplement fou d’amour, comme il le clame à l’audience : dans ma tête, il n’y avait qu’elle ! Rien d’autre qu’elle ! Sauf que cet aveu d’amour fou s’arrête là, évite d’aborder l’échec, puis le crime.

Chahrazad avait rencontré ce jeune homme originaire du Pakistan dans un magasin de vêtements, où elle travaillait le week-end et certains soirs. Il avait réussi à avoir son numéro de portable et il n’arrêtait pas de l’appeler, racontent Constance, Elise et Johanna, 3 de ses amies qui la connaissent depuis l’école primaire ou le collège. Il la harcelait et, certains jours, il la suivait même dans la rue. Elle s’en plaignait, ça l’inquiétait, mais elle continuait à lui dire non. Il a voulu se venger, il voulait que personne ne puisse la regarder puisqu’il ne l’avait pas eue.

Quelques semaines avant de mettre à exécution son projet infernal, il s’est présenté au domicile des parents de Chahrazad, à Neuilly-sur-Marne, pour demander sa main. Il a sonné, il était devant la porte mais on ne l’a pas laissé entrer, se souvient son grand frère, Abdelaziz : Chahrazad était avec nous et elle protestait. Il nous disait qu’il était gentil, qu’il était riche, qu’il était quelqu’un de bien, qu’il ne comprenait pas qu’on ne veuille pas de lui. On n’a pas réalisé qu’il pouvait finir par faire une chose pareille. Toutes les filles doivent avoir le droit de dire oui ou non. Née au Maroc, Chahrazad Belayni était arrivée à l’âge d’un an et demi en France, où elle avait été élevée jusqu’à l’adolescence par son père et la première épouse de celui-ci. Le reste de la famille — sa mère, ses trois frères et sa sœur — les avait rejoints peu à peu il y a quelques années.


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Drame culturel ? Incapacité à reconnaître le libre-arbitre d’une femme ? Peut-être pas seulement… Dans un entretien accordé à la presse quelques mois après sa convalescence, et quelques mois avant que son soupirant transi ne se résigne à se livrer à la justice, Chahrazad s’indigne : au magasin où nous travaillions tous les deux — qui est tenu par un membre de sa famille — les gens savent beaucoup de choses. J’ai même appris que certaines personnes connaissaient ses intentions. Pourquoi la brigade criminelle ne les interroge-t-elle pas régulièrement ? La littérature occidentale aussi est remplie d’histoires ahurissantes et dramatiques, où l’amour ne peut se résoudre — pour une raison ou pour une autre — dans l’union. La mythologie grecque y est presque exclusivement consacrée.

Le hasard du calendrier a voulu que cet attentat inexcusable ait trouvé sa conclusion par la condamnation de l’amoureux à 20 ans de réclusion 2 jours avant la fête des amoureux, la Saint-Valentin. Faut-il s’en réjouir, ou doit-on redouter ce présage ? L’amour ne permet pas toutes les folies, souvenez-vous en Messieurs : il peut aussi conduire en prison !

 

 


Je l’aime et suis venu lui demander pardon
De cette obstination et surtout ma violence,
Tant pis si la passion n’a pas d’équivalence,
Si mon amour n’est pas apprécié tel un don.

Je n’ai pas pu m’y faire et couper le cordon,
Rien n’a suffi bien sûr pour briser le silence
Et vous voulez ce soir tirer sur l’ambulance,
Alors que mon désir a l’éclat d’un brandon !

Connaissez-vous le poids de cet effet terrible
Qu’il vous étreint si fort en devenant horrible
Ce que les gens ici n’ont pu même entrevoir.

Vous tirez à présent des plans sur la comète
Et vous voulez après ce drame en plus savoir
Que j’ai pensé à mal en craquant l’allumette !