Sur la terre des Mongols

Sur la terre des Mongols

Ce peuple, jadis craint par toute une partie de l’Asie, à l’époque du grand empereur mongol Gengis Khan, a vu sa culture niée le temps que dura la nuit soviétique qui s’est abattue sur ce pays oublié … A la lumière d’un mur chu, en 1991, le bloc soviétique s’effondra et la culture des peuples nomades revit le jour. Témoin ce très beau livre.

Lécriture mongole sort de l’ombre. Elle qui fut utilisée sur une très large période et à travers un territoire immense, la voici à vous, lecteur, présentée sous un angle nouveau. Etendard de tout un peuple.
Grâce au travail minutieux du calligraphe Purev, illustrant avec minutie sentences et maximes qui rythment le quotidien nomade, la lecture se fait doucement, page à page, entre les mots et les formes : choix des couleurs, sceaux réinventés, formes toutes de légèreté émouvantes. Et parfois, au détour d’une page, les délicates illustrations à l’encre de Byambarenchi apportent un contrepoint graphique à quelques extraits, judicieusement placés, du Voyage en Mongolie de M.& Mme de Bourboulon, ambassadeur de France et son épouse, daté de 1860-61, raconté par Achille Poussielgue. Un lien invisible se tisse entre ces deux mondes, et l’on s’amuse de voir que les descriptions enthousiastes des paysages et des hommes semblent étonnamment contemporaines. Comme si ce monde des steppes était immuable … et ces cavaliers peints qui traduisent les émotions, les espoirs et la recherche de la liberté, en perpétuel miroir de nos existences si figées. Généralement construites à partir de scènes de la vie quotidienne, ces peintures rapportent fidèlement le monde tel qu’il est ressenti par la personnalité de l’artiste.

Si l’histoire des peuples nomades d’Asie centrale a pu s’écrire au fil des siècles dans une dizaine de graphies différentes, seule la vieille lettre, appelée également ouïgoure s’est pérennisée. Héritée des Araméens, elle emploie un alphabet sémitique. Elle s’écrit et se lit verticalement, de gauche à droite. La Mandchourie et la Corée ont formé leur alphabet sur le même système. On la retrouve aussi en Mongolie intérieure, en Chine ; et les Kalmouks et les Bouriates, en Russie, la considèrent comme une identité de leur culture ancestrale.

Actuellement, les Mongols utilisent à la fois l’alphabet cyrillique (légèrement modifié), imposé par les Russes à partir de 1941, et l’écriture traditionnelle, réintroduite en 1991. Mais en réalité, si cette dernière fait en effet l’objet d’un apprentissage obligatoire, elle n’a qu’une utilité symbolique. Car toute la communication se fait en cyrillique, quand ce n’est pas … en anglais (sic).
Néanmoins, il est probable que, pour des raisons à la fois pratiques et idéologiques, les deux systèmes coexisteront encore pendant un certain temps … Le temps, pour nous, de nous plonger avec délice, dans des ouvrages comme celui-ci, tout de poésie bordé, de dessins et de calligraphies, d’un orientalisme exacerbé qui invite au voyage intérieur dans la splendeur des illustrations …

Les deux jeunes artistes (nés dans les années 1970) qui ont réalisé ce livre sont suivis par la galerie Ulzii-Art et Artisanat de Mongolie, en Bretagne, où leurs œuvres sont exposées en permanence depuis 2004. Faîtes donc un détour.

Sur la terre des Mongols, calligraphies de Samandbadraa Purev, illustrations de Bayart-Od Byambarenchin, traduction de Ulziihishing Dessberg, coll. "calligraphie", couverture couleurs à larges rabats, 310 x 200, Editions Alternatives, février 2008, 25,00 €