Sacco et Vanzetti hanteront le Festival d’Avignon 2009 par Paco
Sacco et Vanzetti hanteront le Festival d'Avignon 2009

La collection Théâtre des éditions Libertaires s’enrichit d’un titre. Avec Sacco & Vanzetti, pièce d’Alain Guyard, nous retrouvons l’un des drames les plus poignants de l’histoire du mouvement anarchiste. À voir cet été au Théâtre du Chêne Noir.

La pièce Sacco & Vanzetti sera présentée au Festival Off d’Avignon en juillet. Elle a été jouée pour la première fois le 20 mai 2009 dans l’espace Michel-Simon de Noisy-le-Grand à l’occasion d’une répétition générale publique et gratuite. L’encre du texte que nous offrent les éditions Libertaires est donc à peine sèche. Cette pièce en cinq actes revient sur un scandale politique qui a secoué le monde dans les années 1920.

Bartolomeo Vanzetti est né en 1888 dans le Piémont (Italie) où il devint apprenti pâtissier. Arrivé en Amérique, il essaya de nombreux métiers. Employé d’une compagnie de cordages à Plymouth, il perdit son emploi en 1916 suite à une longue grève. Autodidacte, « Bart » s’est nourri des écrits de Darwin, d’Hugo, de Zola, de Proudhon, de Malatesta, de Kropotkine… Son dernier boulot fut marchand de poissons ambulant. Il tirait une charrette à bras dans des quartiers pauvres peuplés d’Italiens et de Portugais.

Nicola Sacco est né en 1891 à Torremaggiore dans une famille de dix-sept enfants. À quatorze ans, il quittait l’école pour travailler dans les champs. En 1908, il débarqua à Boston (Massachusetts) pour devenir ouvrier dans une fabrique de chaussures avant d’adhérer à un groupe anarchiste. Organisation de souscriptions en faveur de grévistes, distributions de tracts et de brochures l’occupaient bien. En 1916, il fut arrêté et condamné à une amende pour avoir tenu un meeting non autorisé.

L’époque était troublée. Le gouvernement US s’inquiétait de la montée du syndicalisme subversif et craignait que la révolution bolchevique de 1917 ne donne quelques idées aux ouvriers américains. Le 1er mai 1919 fut ponctué de manifestations monstres, de batailles de rue. Les anarchistes étaient dans le collimateur du gouvernement puritain et xénophobe qui voulait la peau des « rouges », des « Apaches » d’un nouveau genre. Début 1920, six mille mandats d’arrêt visaient des étrangers jugés « dangereux » en vue d’une déportation.

Après l’attaque, le 15 avril 1920, d’un caissier et d’un garde d’une usine de chaussures de South Braintree qui transportaient la paie des ouvriers, les anarchistes furent vite montrés du doigt. Sacco et Vanzetti seront arrêtés le 5 mai 1920 dans un tramway. Ils portaient des armes. Propagandistes, les deux Italiens étaient des idéalistes. Pas des poseurs de bombes, ni des bandits. Mais il fallait des coupables. Si possible anarchistes et, oubliant l’histoire des États-Unis, « étrangers ».

Malgré la folie répressive des autorités, les comités de soutien poussèrent comme des champignons dans toute l’Amérique. Et au-delà. Vanzetti fut jugé une première fois et condamné à quinze ans de travaux forcés pour attaque à main armée. Le 28 septembre 1920, Sacco et Vanzetti comparaissaient ensemble devant le tribunal. Le procès s’est déroulé dans un climat de haine mêlant vraies lâchetés et faux témoignages. Sans la moindre preuve de leur culpabilité, Sacco et Vanzetti (qui avaient aussi des alibis en béton) furent condamnés à mort le 14 juillet 1921. À travers eux, tout le mouvement anarchiste était visé.

D’énormes manifestations se déroulaient dans le monde entier pour exiger la révision du procès et la libération des deux innocents. Le vrai auteur du hold-up, Celestino Madeiros, déjà condamné à mort dans une autre affaire, avoua son crime et innocenta Sacco et Vanzetti. Satisfait de ses premières conclusions, le juge Thayer refusa froidement de reconsidérer le dossier. Sacco et Vanzetti furent assassinés sur la chaise électrique le 23 août 1927. En France, Le Libertaire, hebdomadaire de l’Union anarchiste-communiste sorti un numéro exceptionnel tiré à 50 000 exemplaire pour dénoncer ce crime et appeler à un rassemblement devant l’ambassade américaine. Une répression féroce attendait les manifestants. Des femmes et des enfants furent piétinés par les chevaux de la police.

Le film de Giuliano Montaldo sorti en 1971 avec Gian-Maria Volonte dans le rôle de Bartolomeo Vanzetti et Riccardo Cucciolla dans celui de Nicola Sacco (Prix d’interprétation masculine à Cannes) a énormément contribué à faire connaître ce drame dans le grand public. Portée par la musique d’Ennio Morricone et par la superbe chanson Here’s to you interprétée par Joan Baez, le film colle de près à la réalité.

La pièce d’Alain Guyard, fidèle sur le fond, prend un peu plus de libertés avec le déroulement des faits. On retrouve Nicola Sacco dans la prison de Cherry Hill quelques heures avant son exécution. L’auteur imagine un dialogue entre Nicola et Bartolomeo (alors que les deux hommes étaient isolés l’un de l’autre). Ils revivent leurs souvenirs familiaux, leurs joies, leurs espérances, mais aussi les pressions sur les « témoins », les minutes truquées d’un procès hideux (où on leur collera un autre hold-up sur le dos), les manœuvres politiques qui transforment les immigrés en suspects et les anarchistes en terroristes. Toute ressemblance avec des faits similaires plus récents est tout à fait volontaire…

« Cette agonie est notre triomphe », avait dit Vanzetti au juge Thayer. « Puisse notre bataille être la répétition générale de la grande guerre sociale du peuple contre ses exploiteurs », lui fait dire Alain Guyard. La pièce ne se limite pas à un tête à tête imaginaire. Les deux personnages se glissent parfois dans d’autres costumes. Sacco devient ainsi facteur, gouverneur, témoin, policier, Madeiros… Vanzetti sera chef de la police, le juge Thayer, coiffeur… Ce qui donne des situations troublantes et tragi-comiques. Ainsi cet échange entre Vanzetti et Sacco devenu Gouverneur :

Vanzetti – Tous les attentats que vous imputez aux anarchistes sont des coups montés par les agitateurs du FBI ! Comment voulez-vous que des hommes qui se disent défenseurs de la cause du peuple puissent faire éclater leurs machines infernales dans la foule des innocents ? Vos terroristes, ce sont des agitateurs à la solde du gouvernement !

Sacco/Le Gouverneur – Mais je le sais bien, c’est moi qui les forme ! En attendant, parce que nous faisons planer la menace terroriste venue de l’étranger, nous pouvons faire passer peu à peu notre idéologie sécuritaire.

Vanzetti – À quoi bon faire vivre ainsi les gens dans la peur ?

Sacco/Le Gouverneur – Parce qu’ainsi il sont prêts, petit à petit, à renoncer à leur liberté au nom de la sécurité.

En 1977, la mémoire de Sacco et de Vanzetti a été réhabilitée par le gouverneur du Massachusetts. Ça leur fait une belle jambe !

Alain Guyard, Sacco & Vanzetti, éditions Libertaires, collection Théâtre, 56 pages comprenant six photos N&B. 8€. Commandes à cette adresse : editionslibertaires[at]wanadoo.fr

La pièce sera jouée du 7 au 29 juillet 2009, à 15 heures, dans la salle Léo-Ferré du Théâtre du Chêne noir d’Avignon avec Jean-Marc Catella et Jacques Dau dans les rôles de Nicola Sacco et de Bartolomeo Vanzetti. Une mise en scène signée François Bourcier assisté de Nathalie Moreau.

Un documentaire sur l’affaire Sacco et Vanzetti

À lire également, Sacco et Vanzetti par Frank Thiriot et Ronald Creagh, éditions du Monde libertaire.

le 31/05/2009
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