Majorelle : à la découverte du célèbre jardin par François Xavier
Majorelle : à la découverte du célèbre jardin

La passion d’Yves Saint Laurent et Pierre Bergé pour les jardins les a conduits à acquérir l’ancien atelier du peintre Majorelle … et son extraordinaire jardin. Patiemment, année après année, ils lui ont redonné vie et, depuis peu, l’ont ouvert au public. Si vous n’avez pas prévu de voyage à Marrakech dans les prochains jours, dîtes au Père Noël de mettre dans sa hotte ce sublime ouvrage …

Dès la première page, nous sommes foudroyés ! A notre gauche, tapis derrière une grille en fer forgé d’une rare élégance, aux marguerites évasées qui s’enchevêtrent pour laisser passer la lumière et le regard vers un feu d’artifice de Chamaerops humilis, sur fond bleu cobalt. Pas de doute, nous sommes bien en Méditerranée …
Le plus grand chef-d’œuvre du peintre Jacques Majorelle est bien son jardin car c’est ici, et ici seulement qu’il a pu enfin laisser courir son imagination et son génie des couleurs sans aucune restriction de taille ou de structure ; c’est dans son jardin que Majorelle séduit, captive et ensorcelle. Pour une première visite, l’on peut venir en fin d’après-midi, là où la lumière crue commence à décliner et à offrir un habit différend aux formes végétales qui commencent alors à se fondre les unes aux autres … Sous les derniers rayons, les teintes s’adoucissent, les fleurs pâles des daturas et les nénuphars jaunes émergent pour peindre, eux aussi, une atmosphère vaporeuse, semblable à un nuage de lait. Le jardin flotte alors comme si le brouillard avait pu descendre si bas pour égayer l’atmosphère surchargée de bleu et dompter la lumière du soleil pour l’aider à magnifier les formes en les métamorphosant comme nulle part ailleurs …

Il était une fois un petit jardin mystérieux, peint aux couleurs de Matisse, enfoui dans une forêt de bambous, silencieux, timide et oublié, protégé du bruit et du vent. Esseulé dans le tourbillon de la ville. Il avait un nom que tous avait oublié : le Jardin Majorelle.

Désormais "musée botanique", le visiteur est le bienvenu et il peut à loisir s’y promener, s’y perdre ou s’asseoir sur un banc et contempler les panoramas, les perspectives, les fuites … et toutes ces plantes qui imposent le silence dans l’harmonie de la paix recouvrée, enfin, l’espace d’une ballade en un jardin unique et merveilleux.
Mais le visiteur curieux aura aussi droit à son lot de surprises : le jardin peut se montrer, insidieusement, sous un jour étrange, laisser une impression intriguante …

Dès le départ le romanesque est là : près de la Médina, une rue ordinaire, grouillante de vendeurs ambulants d’oranges et de citrons, débouche sur un large chemin de terre battue bordé de lauriers-roses et de murs de pisé. On le suit tout émoustillé et l’on tombe sur une porte de bois peinte en vert qui s’ouvre ... sur le Jardin Majorelle. Tout simplement et tout aussi magiquement que dans un conte pour enfants, notre visage s’illumine d’un sourire d’ange à la vue de ces premiers bambous. Quelle surprise de les trouver ici, en ces terres arides d’Afrique ! Ils sont si loin de leur Malaisie natale. Mais ils se sont regroupés, comme pour s’entraider à affronter cet inconnu, ce soleil brûlant ; ils ont tissé leur peinture de guerre, tiges jaunes aux rayures vertes, et ils se sont dressés en palissade : on ne passe pas ! Dernier bastion inviolé, les bambous se sont acclimatés mais renvoient toujours le passant vers les allées pavées de béton rouge. D’ailleurs il y a tant d’autres choses à voir : les Chamaerops bleus, les yuccas noirs, les dragonniers étincelants sous le soleil, les bougainvilliers arrogants qui montent à l’assaut des Washingtonias ; et que dire des nénuphars qui n’en font qu’à leur tête, s’étalant toujours plus à leur aise sur la surface des bassins ? Quant aux papyrus, ils ondulent sous la légère brise, en rythme avec les caladiums et les philodendrons qui cachent les gardiennes de ce sanctuaire, les grenouilles et les tortues d’eau.

Cet ensemble, qui fut créé en l’espace de quarante ans, véritable enchevêtrement de bâtiments mauresques et de style Art déco, fut le laboratoire d’un peintre de génie et un lieu étrange d’où s’échappe une force rare. Il faut sans doute y voir la matérialisation de son parcours. Après le passage obligé des études classiques aux Beaux-Arts, Majorelle poursuivit son éducation par de longs périples en Espagne, Italie, Grèce et surtout en Egypte, où il résida quatre longues années au cours desquelles il fut habité par la fascination qu’exerçait devant lui les mystères d’Orient … A l’opposé de Delacroix ou Maxime Du Camp, il préféra le réalisme à la sensualité, la singularité à la luxuriance. Ainsi profondément inspiré, Majorelle alla s’installer, en 1917, au Maroc, pays qu’il adopta jusqu’à sa mort, en 1962.

Point d’orgue, la maison de Majorelle. Bleue, unique en son écrin, elle est flanquée d’une pergola turquoise, comme pour mieux souligner les bordures de ses fenêtres qui sont jaunes … Une fontaine vous rappelle qu’ici, l’eau vaut de l’or. Et qu’elle est la reine de ce jardin divisé en petites zones contenues à l’intérieur de murets courbes et très bas.
Plus loin, une autre pièce d’eau, venelle mouvante aux bords bleus, eux aussi, et aux reflets irréels qui nous rappelle les bassins de l’Alhambra. Et, à son extrémité, les moucharabiehs d’un kiosque marocain et toujours cette inondation de couleurs qui font tourner la tête : verts glacés, jaunes acides, bleus profonds. Sommes nous dans un jardin ou perdu au beau milieu d’un tableau ?

Claire de Virieu (photos), Majorelle, une oasis marocaine, accompagné de textes de Pierre Bergé & Madison Cox, 260 x 300, relié avec couverture en tissu orange présenté sous jaquette couleurs, 94 photographies en couleurs, Imprimerie nationale éditions, novembre 2007, 132 p. – 54,00 €

Les photographies qui illustrent cet article ne sont pas tirées du livre de Claire de Virieu.

le 26/11/2007
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