État de Siège par Philippe Gras
État de Siège

Malgré tous les efforts déployés par les pays occidentaux pour enrayer la menace de l’Islam radical qui se manifeste aussi bien à l’intérieur de leurs frontières, dans les cités sans soir, comme l’écrivait Charles Baudelaire, que dans les montagnes d’Afghanistan, de Kabylie ou d’ailleurs, il semble bien que le monde soit dans un état de guerre larvée depuis le 11 septembre 2001. Quand l’émotion que suscite l’événement aura disparu, qu’il n’en restera que quelques lignes dans les livres d’Histoire oubliés, que retiendront nos enfants, et les enfants de nos enfants du tournant de notre siècle, qu’on n’imagine pas aussi troublé que le fut le précédent ? Des temps homériques, il nous est resté deux textes fondateurs de la littérature, L’Iliade et L’Odyssée, car s’il est vrai que le poète, on le sait, mêle le manque et l’excès, le but et le passé comme se plaisait à dire René Char, son regard nous éclaire sur le sens de notre existence. C’est pourquoi Le MAGue a demandé à Jean Hautepierre en quoi et pourquoi il voit un parallèle entre la chute de l’empire romain et le délitement de notre civilisation. À ce titre, son dernier ouvrage Le Siège est une sorte de légende des siècles :

Que va-t-il se passer demain dans nos cités ?
Si tout le monde est pris d’un mouvement grégaire,
On pourra donner corps très vite aux bruits de guerre
Hélas, nos remparts sont sans doute inadaptés.

On ne sait pas très bien pourquoi sont révoltés
Ces dévots durs au mal comme on n’en voit plus guère,
Tellement leur doctrine a l’air simple et vulgaire :
On n’a pas su dire halte or, les dés sont jetés…

Et comment n’a-t-on pas entendu nos ministres
Répandre ici et là autant d’avis sinistres ?
Nos yeux sont pour Trézène et pour Cismurano !

On se lève en délire à la faveur d’un sacre
Puisqu’on n’a plus le cran de monter au créneau,
Quand tout cela doit se solder par un massacre…

 

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le 22/09/2007
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