"Raison basse", une anthologie déviante chez Caméras Animales par Frédéric VIGNALE
"Raison basse", une anthologie déviante chez Caméras Animales

Que serait la Littérature si elle n’était pas cet immense terrain potentiel de l’expérimentation textuelle ? Dans cet esprit, la maison d’édition "Caméras Animales", fidèle à son sens réthorique, sociologique et esthétique de l’innovation, de la découverte et de l’avant-gardisme littéraires, vient de sortir un Collectif dont le nom de code est " Raison basse". Cette compilation scrupuleusement choisie, signe à signe, lettre à lettre, mot à mot est un travail de groupe de haute tenue, un bordel organisé, admirablement mis en scène, en actes et ouvrant sur des domaines aussi jubilatoires que la net écriture, la beat génération, le classique... ainsi que toute une joyeuse création proprement inclassable.

Dans un beau livre noir et or, en une couverture "Torse" et étrange de Stéphanie Sautenet, Caméras Animales poursuit son investigation dans les mondes parallèles d’une écriture déviante et foisonnante mais mal connue car nouvelle et de culture très protéiforme.

Des noms connus de la jet set de la contre Culture qu’on aime beaucoup ici comme Thierry Théolier, Christophe Siebert, Charles Pennequin et Philippe Boisnard côtoient d’autres inventeurs du texte très prometteurs (Les frères Richard, Ly Than Tiên, Gilles Maté, Khalil Boughali, Sylvain Courtoux, Elie Delamare-Deboutteville...) et dont le talent est lui parfaitement appréciable, même s’ils produisent parfois des OENI (entendez "Objets écrits non identifiés").

Les textes se mélangent ainsi comme s’ils parlaient d’une même voix, "Raison basse " est une bible, une odyssée moderne. Nous sommes dans une épopée monstrueuse, gigantesque, vertigineuse. Historique.

Délivrée de tout formatage habituel, l’écriture prend véritablement son sens ici, dans l’accumulation, dans le mélangisme, dans les mots jetés en français, en franglais, en une langue barbare qui parle à nos tripes et à notre cortex.

Trente auteurs forniquent en réunion, s’échangent du fluide référentiel, on est à la base même de l’écriture, dans l’invention permanente, première, originelle et originale.

Cette danse ininterrompue de singularités forme finalement une bien belle harmonie qui donne du sens et de la voix à une dialectique que nous sommes les premiers à ingurgiter. On se sent privilégiés.

"Raison basse" est un champ pluriel, audacieux qui, à lui seul, peut se vanter de parler du monde, bien mieux que les intellos, les philosophes, les politiques et les vulgarisateurs de notre époque.

Ces sensibles, ces fou-furieux prolixes sont certainement, bien que mutants et rebelles, les véritables écrivains de notre siècle. Les plus infréquentables mais aussi les plus férocement lucides.

C’est pour ces émotions dérangeantes, particulières, métaphoriques, inattendues et libérées qu’il faut voter, donner tout votre suffrage.

Voici une anthologie présidente à mettre dans l’urne littéraire !! A acheter d’urgence si on est curieux et vivant.

"Raison basse", Collectif, Caméras Animales, Mars 2007.

le 17/04/2007
Impression

2 Messages de forum

  • bonjour faut pas déconner : sur un texte proposé à cette jeune maison d’edition pour ce livre, il a été accepté à condition de le reduire de 3/4 avec une réecriture du texte par un des éditeurs ...qui perdait du coup tout son sens et son energie...incroyable !!!! quand les éditeurs se prennent pour des auteurs et se permettent n’importe quoi ! la honte :) maintenant...je n’augure pas de la qualité du résultat, c’est juste les méthodes qui m’étonnent...dommage... David Guez

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    • Le commentaire de David Guez est décevant, je suis obligé de réagir. ça fait plaisir d’avoir pris le temps de le lire et relire par sympathie pour son écriture (dont esprit donnait envie de s’y plonger, mais qui nous avait laissés réservés à l’arrivée), d’avoir cherché à trouver une ouverture pour elle dans le cadre de notre projet, d’avoir préféré faire une proposition (une condensation à des lignes de forces évidentes pour nous, qui aurait été présentée comme telle, et non une réécriture) plutôt qu’un refus en bloc... Par ailleurs, ça n’a rien à voir mais je suis un auteur. Pour les éditions je suis surtout un lecteur. Je réagis mais ne veux pas céder à la facilité de répondre à l’agressivité qui se dégage du commentaire. Chacun fera la part. Merci Frédéric Vignale pour cette chronique, il faut décidément cela pour qu’on continue à y croire, à ce "nous" pour lequel on liquide nos dernières forces. F.R./ Caméras Animales.

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