Châteauroux : des transports gratuits, un exemple à suivre par Thomas Delavergne
Châteauroux : des transports gratuits, un exemple à suivre

Première ville à opter pour la gratuité des transports en commun, Châteauroux rend la vie en ville plus agréable. Contrairement aux idées reçues, cela ne revient pas si cher. Le Maire d’une ville innovante a accepté de répondre à nos questions. Si ces confrères pouvaient l’imiter, la qualité de vie des citadins y gagnerait.

Depuis quand la ville de Châteauroux propose-t-elle la gratuité aux usagers des transports en commun ?

Jean-François Mayet (maire de Châteauroux, président de la Communauté d’Agglomération Castelroussine) : La gratuité des transports en commun est effective à Châteauroux depuis le 22 décembre 2001. Elle était une des priorités de la nouvelle équipe du conseil communautaire. Nous souhaitions surtout « mettre en mouvement » celles et ceux qui ne le faisaient pas jusqu’alors, pour faire bouger le cœur de l’agglomération et rendre à celui-ci son activité et son dynamisme. En ce sens, une refonte du réseau a été entreprise (passage de 8 à 10, puis 11 lignes) et l’instauration de navettes de centre ville (mise en service de 3 véhicules de petite capacité) est venue compléter l’offre en transports en commun.

Quels facteurs vous ont poussé à rendre l’accès aux bus non-payant ?

J.-F. Mayet : En 2001, nous n’étions qu’à 22 voyages par an par personne, chiffre à rapprocher de la moyenne nationale qui est de 44. Il s’agissait en conséquence de remédier avec vigueur à ce dépérissement (stagnation de la fréquentation entre 1999 et 2000 et baisse de 2 % en 2001 par rapport à 2000). Il faut savoir qu’en 2001, avant l’instauration générale de la gratuité, 47 % (soit près de la moitié) des voyageurs prenaient les bus gratuitement : scolaires, demandeurs d’emplois, etc. Avec une politique de transports en commun attractive, nous sommes arrivés à un peu plus de 51 voyages par an.

Voir nos bus rouler à vide et n’être pas attractifs pour nos concitoyens nous a poussés à faire quelque chose d’innovant. Nous avons alors mené une étude pour voir dans quelles conditions nous pourrions appliquer cette gratuité. Une fois le principe acquis, nous avons misé sur un effet « boule de neige ». Les personnes qui hésitaient à monter dans un bus vide (par peur de quelques énergumènes ou par économie) se sont mis à le prendre plus facilement dès lors qu’il y avait du monde dedans et que le voyage était gratuit.

De plus, notre population vieillit et avait une certaine tendance à s’isoler. Il nous fallait donc leur rendre la possibilité de se déplacer à leur convenance. Nous voulions faire en sorte que personne ne se sente exclu, le « droit au déplacement » faisant totalement partie des libertés individuelles. Nous voulions également attirer les castelroussins vers le cœur de ville. Pour cela, une politique volontariste d’aménagement du centre-ville est venue appuyer cette idée de la gratuité des transports en commun. De profonds travaux de rénovation de voirie ont été entrepris, avec notamment la création de giratoires pour fluidifier la circulation et donc l’accès au centre-ville à tous les usagers, qu’ils soient en deux roues, en voiture ou en bus...

Les embouteillages ont-ils diminué de manière significative ?

J.-F. Mayet : La Communauté d’Agglomération Castelroussine est très rarement (pour ne pas dire jamais) sujette aux embouteillages, hormis dans les zones commerciales le samedi après-midi. On ne peut donc pas dire que l’initiative des transports en commun gratuits a influé sur ceux-ci.

Cette initiative représente-t-elle un réel manque à gagner, car la gratuité entraînant la fin des contrôles donc des salaires, c’est à se demander s’il n’est pas plus rentable d’opter pour la gratuité du point de vue d’une municipalité ?

J.-F. Mayet : La billetterie rapportait 2,4 millions de francs (soit environ 366 000 €), ce qui ne représentait que 14 % du coût du réseau. Bien que cette somme ne soit pas négligeable, cette entrée d’argent ne représentait pas un apport significatif, ni une manne indispensable au fonctionnement de notre réseau. Dans notre réflexion sur le passage à la gratuité, des solutions alternatives permettant d’équilibrer nos comptes sans ces recettes ont été étudiées.

Avant le passage à la gratuité, il n’était déjà pas fait appel à la fiscalité locale. Il n’y a donc pas eu de hausse des impôts. La suppression des recettes a été compensée par une augmentation du Versement Transport de 0,55 % à 0,6 % (taxe prélevée sur la masse salariale des entreprises de plus de 9 salariés installées sur l’agglomération). Ajoutez à cela la réduction du coût des prestations, concédée par la société exploitante du réseau ST2C (filiale de Kéolis).

D’autres villes se sont informées auprès de vous pour adopter une démarche similaire ou allez-vous rester - malheureusement - la seule municipalité à offrir un tel service ?

J.-F. Mayet : Il ne se passe pas une semaine sans que le service Transports de la CAC ne soit contacté par des villes, des collectifs d’usagers, des politiques au sujet des bus gratuits et de leurs modalités de mise en place et de fonctionnement. L’une des autres villes à avoir adopter cette solution (Gap) s’est d’ailleurs renseignée plusieurs fois. Des personnes d’Albi, Toulouse, Nancy (on ne peut savoir si ce sont des représentants de la majorité en place ou de l’opposition), mais aussi des villes européennes (Lisbonne pour citer la plus importante) ont également pris des informations. Par ailleurs, nous ne sommes pas la seule municipalité à offrir la gratuité des transports. Il y a d’autres exemples : Compiègne, Vitré... En fait, nous sommes la plus grande collectivité à le faire.

Quoi qu’il en soit, nous voulons rappeler le caractère bien spécifique de notre démarche. Ce qui fonctionne sur Châteauroux et ses environs a été étudié pour cette aire particulière. La gratuité nous convient, parce que nous avions bien pris le soin d’étudier tous les tenants et aboutissants de notre territoire. Transposer notre système tel quel sur une autre collectivité pourrait tout à fait entraîner l’effet inverse de celui produit chez nous. Nous ne souhaitons pas faire de notre cas une généralité. Que ceux qui veulent suivre notre exemple le fassent en toute connaissance de cause et surtout en prenant bien garde à ne pas vouloir instituer la gratuité à tout prix.

Les opposants à la gratuité des transports en commun avance l’argument d’une déterioration accrue du fait du non-paiement d’un ticket. Avez-vous noter une augmentation des dégradations ?

J.-F. Mayet : Etant donné que le nombre des voyages par an est passé de 1 526 000 environ en 2001 à plus de 3 600 000 en 2005, il était inévitable que certaines petites dégradations (tags sur les sièges...) se produisent plus souvent. Toutefois, cette augmentation, pour réelle qu’elle soit, n’est pas significative. La recrudescence du vandalisme a pu être contenue par des mesures telles que la montée par l’avant, la radio reliant les véhicules au commissariat ou encore la formation des conducteurs à la gestion des conflits...

J’imagine que les citoyens ont vu d’un bon œil votre démarche et qu’en bon politique qu’il est, la gratuité des bus est devenue un argument électoral fort qui permet notamment de surfer sur la vague du développement durable ?

J.-F. Mayet : La protection de l’environnement a, bien évidemment, été l’un des facteurs principaux de notre réflexion, au même titre que l’amélioration de la mobilité urbaine et l’augmentation significative de la fréquentation du réseau de bus. Nous faisons ainsi d’une pierre deux coups : nous fluidifions la circulation et nous préservons la qualité de l’air. A ce propos, nos bus étant équipés de pots catalytiques avec filtres à particules, nous pouvons même dire que nous améliorons la qualité de l’air.

Notre objectif n’est pas pour autant de faire disparaître la voiture du centre-ville. La gratuité s’inscrit dans un plan global visant à fluidifier le trafic pour accéder plus facilement à l’hyper-centre de l’agglomération.

La gratuité des bus avait été promise lors de la campagne pour les Municipales 2001, bien avant « la vague du développement durable » dont vous parlez. On peut donc dire qu’elle a été anticipée et que cette promesse réalisée est devenue l’un des symboles de ce mandat.

le 04/07/2006
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