Literary autumn

“The works of genius, however, are rare in this rentrée. The big books of the season are disconcertingly weak, marked by lazy prose, easy narcissism and a peculiar brand of knee-jerk pessimism”, écrivait le New York Times il y a deux ans. Ce jugement pourrait parfaitement s’appliquer aux livres de la rentrée littéraire 2006 : « Rendez-vous » de Christine Angot qui n’a obtenu « que » le prix de Flore est narcissique et paresseux ; « Les Bienveillantes » tient plus du pavé illisible que de la fresque épique ; « Mémoires d’un porc épic » d’Alain Mabanckou est une comptine qui ferait bailler n’importe quel enfant.
La presse anglo-saxonne se contente chaque année d’annoncer le gagnant du Goncourt, sans y prêter grande attention. Certes, « les Bienveillantes » va bientôt paraître aux Etats-Unis et en Angleterre, et bénéficiera probablement de l’effet de curiosité : après tout, Jonathan Littell est le premier Américain à remporter le prix littéraire le plus prestigieux en France.
Mais au fond, l’actualité du livre français n’intéresse pas grand monde en dehors de l’hexagone. Qui a envie de lire une prose minimaliste, répétitive et auto-centrée ? Pourquoi les écrivains français ne prennent-ils plus la peine d’écrire des histoires simples, réalistes, qui donnent envie de ne pas lâcher le livre jusqu’à la fin ?
Il faut remonter aux années 1950/60 pour comprendre. Les Américains découvraient la Beat Generation : de nouveaux thèmes sont abordés, la drogue, l’errance, mais aussi l’aliénation du travail salarié. Les personnages de William Burroughs ou de Charles Bukowski sont des « outcasts », que le monde rejette et qui rejette le monde. N’importe quel lecteur peut s’identifier à ces personnages d’exclus, et se sentir concerné par leurs aventures.
Au même moment en France, en plein délire du « nouveau roman », la notion même de personnage est remise en cause : après tout, on peut écrire uniquement sur soi, sur sa petite personne d’écrivain. Une mise en abyme fait toujours bonne impression. Un écrivain capable de faire de son œuvre un simple concept, voilà la véritable avant-garde....
C’est du moins l’avis des théoriciens de la littérature, les Roland Barthes et consort, qui ne voient dans le texte qu’un pré-texte à élucubrations pseudo-intellectualisantes. Disparition du personnage, disparition de l’intrigue, et primat de la théorie sur l’art, voilà l’héritage nihiliste du nouveau roman.
Les dégâts se font encore sentir aujourd’hui : quand François Weyergans écrit « Trois Jours chez ma mère », il se regarde écrire et construit une structure en gigogne : le narrateur François Weyergraf, lui-même écrivain auteur d’une vie de François Weyerstein... lui-même auteur d’une vie de François Graffenberg... Bel exemple de mise en abyme, bel exemple de narcissisme, et prix Goncourt 2005 !
Pas étonnant que la fiction française ne fasse plus recette. Faites une recherche rapide sur le Guardian : vous verrez que le seul auteur français contemporain que les Britanniques connaissent est Michel Houellebecq. « Atomised » ( « Les Particules élémentaires ») a été un best-seller au Royaume-Uni. La raison en est simple : Houellebecq est un croisement entre Balzac (qu’il aime à citer) et la Beat Generation. Au lieu de décrire son nombril, il brosse un tableau ambitieux de l’Occident, de la misère morale et de la solitude.
Tant que les écrivains français ne renoueront pas avec le réalisme et l’ambition, ils ne connaîtront que le mépris et l’indifférence en dehors de l’hexagone. Au lieu de prétendre que le monde entier a les yeux tournés vers Saint-Germain-des-Prés, ayons le courage de regarder la réalité en face.
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le 10/11/2006
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Messages de forum
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"Pourquoi les écrivains français ne prennent-ils plus la peine d’écrire des histoires simples, réalistes, qui donnent envie de ne pas lâcher le livre jusqu’à la fin ?" Bien vu, je me pose également la question !
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Luc, je suis bien d’accord avec toi..
Philippe, et si, contrairement à Houellebecq, la plupart des écrivains écrivaient parce qu’ils ont envie d’écrire et pas parce qu’ils veulent être lus par les américains ?
Cela étant, la France a d’excellents auteurs diffusés partout dans le monde.
Il est vrai que pour la plupart des écrivains américains, écrire est un "job comme un autre" alors que pour la majorité des français publiés, écrire est un hobby que l’on fait pour soi ; normal dans ces conditions d’écrire ce qui plait aux autres dans un cas et ce qui plait à soi dans l’autre.
J’M.
Voir en ligne : Justine Miso.
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@Justine : Effectivement, la plupart des auteurs français s’occupent de leur nombril (tant qu’on en parle dans le milieu littéraire, tout le monde est content !)
Les auteurs américains, eux, se soucient de leurs lecteurs. C’est le cas de Joan Didion, Tom Wolfe et beaucoup d’autres...
Voir en ligne : wrath
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Je me soucie de mon nombril uniquement (en photo partout sur mon site) parce que mon objectif (de star anonyme et gratuite) n’est pas d’être lue mais de m’amuser lorsque j’écris.
Il se trouve que mes amusements ont fidélisé quelques milliers de lecteurs... Tant mieux pour eux et ça m’encourage à continuer à publier mais j’écrivais bien avant d’être lue et je continuerai à écrire que je sois lue ou non parce que j’éprouve un besoin vital d’écrire et qu’être lue est accessoire.
Je reprends : les auteurs français sont nombreux à voir cela comme un hobby ; ça fait plaisir quand ça plait à d’autres mais on écrit avant tout pour soi, avant d’écrire pour commercialiser. On écrit pour soi, on publie pour les autres. Les américains écrivent directement pour les autres... La démarche est différente.
Il semble que nous soyons d’accord sauf que tu n’as pas l’air de saisir que l’on puisse écrire pour soi, pas pour gagner de l’argent mais qu’on est content quand, en écrivant pour soi, en plus on gagne de l’argent.
Bises quand même tiens
J’M.
Voir en ligne : Justine Miso.
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11 novembre 2006 01:04, par DS
Vous raisonnez comme un bon gros responsable Marketing voilà tout ...
Pourquoi les musiciens contemporains ne nous font pas de la grosse sousoupe qu’on retient bien ?
pourquoi John Cage n’a t’il pas composé la Lambada.
Pourquoi Beckett n’est t’il pas "super Populaire" ?
N’y a t’il pas d’autres questions à se poser quant à la création Monsieur Graisse ?
Bien à vous
Luc DS
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pourquoi ce pourquoi ?
la littérature française est ...FRANCAISE !
si on doit se préoccuper de qui la lit, çà devient du commerce . c’est tout !
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Ce propos est reducteur et caricatural. Avant de fustiger Roland Barthes, relisez le, relisez ses chroniques theatrales, relisez Fragments d’un discours amoureux, et osez dire que se cristallise la, le declin de la litterature francaise. Oui, les anglosaxons ont un sens certain de l’intrigue, de l’histoire, du suspens, quand certains de nos auteurs francais aiment en effet se complaire dans un narcissisme souvent vain. Et pourtant, cet argument ne saurait a lui seul justifier l’indifference que les anglosaxons montrent a l’egard de notre litterature. La litterature francaise est riche, et bien plus que vous ne semblez le savoir. Lisez ’Dans la foule’ de Laurent Mauvignier, lisez les polars de Vargas, lisez le dernier ouvrage d’Anne-Marie Garat, et cessez de citer Houellebecq en le comparant a Balzac, car c’est faire insulte a notre cher Honore ! Il est en effet interessant de noter que de nombreux ouvrages francais ne traversent ni la Manche ni l’Atlantique, et cela sans doute car ils n’en valent pour la plupart pas la peine. Certains traversent les mers cependant, car la bonne litterature n’a pas de frontieres. Promenez vous chez Waterstone, et comptabilisez le nombre de livres qui ne sont rien d’autre que des produits marketing. Observez ce que les anglais lisent dans le metro. Et osez dire que tous ont entre les mains le dernier ouvrage de Ian McEwan !
A bon entendeur, salut !
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